RDC : « ensemble pour la paix – Pamoja Kwa Ajili Ya Amani » : newsletter 16

En 2 lignes

01/12/2026

En bref

seizième numéro de notre Infolettre dans le cadre du projet :  » Des solutions innovantes sur WhatsApp pour lutter contre les discours de haine et la désinformation dans l’Est de la RD Congo  ».

A télécharger ici : Newsletter Numéro 16

Titre 1 : Cette vidéo prétendant montrer la réaction de Tshisekedi aux propos du porte-parole de l’armée congolaise sur les Tutsis date de février 2024

Sur le réseau social X, un utilisateur  affirme que le Président de la République démocratique du Congo ( RDC), Félix Tshisekedi, a réagi aux propos tenus par le porte-parole des Forces armées congolaises, Sylvain Ekenge, au sujet des Tutsis. Après vérification, la vidéo présentée comme une réaction récente est en réalité ancienne: elle date de 2022.

En deux lignes: Après vérification, il apparaît que la vidéo présentée comme une réaction du chef de l’État aux propos de Sylvain Ekenge est en réalité ancienne et n’a aucun lien avec les déclarations récentes du porte-parole de l’armée congolaise sur les Tutsis. 

Le 27 Décembre  2025, lors d’une émission spéciale diffusée sur la Radiotélévision Nationale Congolaise ( RTNC), le général  Sylvain Ekenge, a tenu des propos qualifiant la communauté tutsie de perfidie. Ces déclarations ont suscité une vive indignation et ont été condamnées par des acteurs politiques nationaux et internationaux, conduisant à la suspension du général par l’état-major des FARDC. Cette publication  postée par Augustin  Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social ( UDPS), parti au pouvoir, a connu une large diffusion sur le réseau social X, cumulant plus de  84.9k de vues, partagée également  ici et là. 

Citation: ‘’ mise au point émanant du Premier Citoyen de la République Démocratique du Congo, Président de la République et Chef de l’État, Son Excellence Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO’’ 

Capture d’écran prise par Balobaki Check sur la position du Président Tshisekedi sur les questions de discours de haine sur la communauté Tutsie.

Les faits : nous avons entamé notre vérification par une analyse attentive de la vidéo mise en cause . Un premier élément a retenu notre attention: la date affichée à l’écran, le 22 février 2024. Or, les propos de Sylvain Ekenge remontent au 27 décembre 2025. Si une réaction du Président de la RDC avait effectivement eu lieu, elle aurait logiquement été postérieure à cette date. 

Poursuivant nos recherches, nous avons effectué une requête sur YouTube à partir des mots-clés : « un briefing presse spécial du 22 février 2024 » . Cette démarche nous a permis de retrouver la vidéo complète, mise en ligne le 23 février 2024 . Dans cet extrait, le Président Félix Tshisekedi répond à une question du  journaliste Marcel Ngoyi sur la manière de déconstruire ce qu’il qualifie de «prétexte rwandais» concernant les Banyamulenge congolais. 

À partir de la 28ème minute et 20 secondes, Félix Tshisekedi  affirme notamment être le premier Président congolais à avoir déclaré publiquement que les Banyamulenge et Tutsi sont des compatriotes : «  il y a des Banyamulenge qui sont morts pour ce pays sous le drapeau. J’en ai assez de ces discours qui discriminent cette population et qui donnent ainsi une occasion à des régimes barbares comme celui du Rwanda de nous envahir. Tant que je serai président de ce pays, aucune ethnie ne sera discriminée.» 

Au 4 janvier 2026, la seule réaction officielle de Félix Tshisekedi aux propos tenus par Sylvain Ekenge date du 2 janvier 2026, lors du conseil des ministres. Le chef de l’Etat congolais y a désapprouvé les propos du porte-parole des FARDC, les qualifiants “d’incompatibles avec les valeurs républicaines et la cohésion nationale.” Il a également salué les mesures disciplinaires prises à son encontre, notamment sa suspension de ses fonctions de porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo. 

Quid des discours de haine en RDC? 

Les articles 12 et 13 de la constitution congolaise  stipulent que tous les citoyens sont égaux devant la loi et qu’aucun ne peut faire l’objet de discrimination fondée notamment sur la race ou l’origine.

Par ailleurs, l’ordonnance-loi n°66-342 du 07 juin 1966 érige le tribalisme en infraction pénale. Son article premier prévoit que « quiconque aura, par paroles, gestes, écrits, images ou emblèmes, ou par tout autre moyen, manifesté de l’aversion ou de la haine raciale, ethnique, tribale ou régionale, ou aura commis un acte de nature à provoquer cette aversion ou cette haine, sera puni d’un mois à deux ans de servitude pénale et/ou d’une amende ».

De nombreux analystes estiment que ce type de propos revient à réduire “ une communauté entière à des traits de perfidie  et de  manipulation biologique ”, contribuant ainsi à la déshumanisation  des individus, explique un analyste politique congolais. 

De son côté, Fred Bauma de l’institut congolais de recherche Ebuteli , souligne que ce discours n’est pas inédit . “ Le narratif du général Ekenge n’est pas nouveau. Il a déjà été entendu dans certains cercles à Kinshasa à l’encontre des populations de l’Est notamment autour de l’idée selon laquelle elles auraient “ vendu leurs terres à cause des femmes”. C’est extrêmement grave et cela menace l’unité nationale et le vivre ensemble” affirme-t-il.

En conclusion, la vidéo de Felix Tshisekedi présentée comme une réaction aux propos de Sylvain Ekenge est sortie de son contexte. Elle date de 2024 et n’a aucun lien avec les déclarations récentes du porte-parole de l’armée congolaise.  

Lire aussi :  

Titre 2 : La promotion de la paix et de la cohésion sociale demeure une responsabilité collective, même en période de conflit

Dans un climat de tension croissante entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, alimenté par des accusations persistantes à l’encontre de Kigali concernant son soutien présumé à l’AFC/M23, les discours de haine se multiplient sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte particulièrement tendu qu’un internaute congolais a publié le message suivant : « Les Rwandais ne seront jamais nos frères, mais nos ennemis jurés.»

Citation : «Les #Rwandais ne seront jamais nos frères,mais nos ennemis jurés.» 

Capture d'écran prise par Balobaki Check

Capture d’écran prise par Balobaki Check

Une telle affirmation ne favorise en rien le vivre ensemble ni la cohésion sociale.

La Déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples reconnaît à toute personne la jouissance de ses droits et libertés sans aucune discrimination, notamment fondée sur la race, l’ethnie, le sexe, la langue et la religion.

Témoignant d’une époque marquée par une cohabitation pacifique, Christelle Baraka, habitante de la ville de Goma, rappelle : « Je suis née à Goma dans les années 1970. À l’époque, de nombreux rwandais venaient étudier au Congo, et j’ai partagé les bancs de l’école avec plusieurs d’entre eux . Nous traversions presque chaque semaine la frontière pour nous rendre au marché de Gisenyi et les rwandais faisaient de même pour acheter des produits agricoles en RDC. Les mariages mixtes n’étaient pas rares. On ne se demandait pas qui était congolais ou rwandais : nous étions simplement voisins. » 

Selon elle, les congolais et les rwandais ont cohabité pendant des décennies de manière pacifique, avant que les tensions politiques et sécuritaires ne viennent altérer ces relations.

Par ailleurs, l’ouvrage “War and peace in Africa’s great lakes region”  souligne que les divisions actuelles dans la région sont en grande partie le résultat de stratégies politiques, militaires et économiques menées par des élites, et non l’expression d’une hostilité intrinsèque entre les peuples.

En République démocratique du Congo, la haine tribale est sévèrement réprimée par la loi. L’ordonnance-loi n•66-342 du 7 juin 1966 prévoit des sanctions à l’encontre des auteurs d’actes, de paroles, de gestes, d’écrits,d’images ou d’emblèmes incitant à la haine.

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