La désinformation genrée est un obstacle majeur à la participation des femmes en politique en République démocratique du Congo (RDC), sapant leur crédibilité et décourageant leur engagement dans la participation aux débats publics. Cette situation est amplifiée depuis l’avènement des réseaux sociaux. Selon plusieurs rapports publiés au mois de juin dernier, notamment celui du forum des femmes citoyennes et engagées pour la gouvernance, la démocratie et le développement (FOFECEGDD) plusieurs cas de violences en ligne ont été signalés lors du dernier processus électoral en RDC contre les femmes. Catherine Kathungu Furaha, candidate aux législatives nationales à Butembo dans la province du Nord-Kivu , et Madeleine Nikomba Sabangu, candidate aux élections de gouverneurs dans la province de la Tshopo, en sont victimes.
La participation des femmes en politique est cruciale pour une démocratie équitable et représentative. Cependant, en RDC, comme ailleurs, les femmes engagées dans la sphère politique sont confrontées à un obstacle insidieux et destructeur : la désinformation genrée. Cet article met en lumière les mécanismes et les conséquences de cette désinformation, un phénomène qui sape non seulement la crédibilité des femmes, mais qui décourage également leur engagement et leur avancement.
Depuis des années, les femmes en politique en RDC sont la cible de campagnes de désinformation sexistes et d’abus amplifiés par les médias sociaux. Les femmes politiques sont fréquemment dépeintes comme “ faibles, émotionnelles ou inaptes aux postes de décision”. Ces représentations stéréotypées, loin d’être anodines, ont des conséquences dévastatrices sur leur carrière politique. L’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a exacerbé ce phénomène.
Des cas concrets qui révèlent l’ampleur du problème
- Catherine Kathungu Furaha : des compétences niées, des accusations infondées
Catherine Kathungu Furaha, ancienne Ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, et candidate aux législatives nationales de 2023 à Butembo dans la province du Nord-Kivu , a été la cible de campagnes visant à discréditer ses capacités. Elle raconte avoir été victime de préjugés selon lesquels les femmes politiques seraient « de mœurs légères ou sans valeurs éthiques ». Des rumeurs infondées de détournement d’un million de dollars ont été propagées, alors même qu’elle n’était pas encore membre du gouvernement au moment des faits. « Les préjugés selon lesquels ces femmes seraient de mœurs légères ou sans valeurs éthiques sont très répandus. Toutes les fausses informations sur de prétendus détournements ou mégestion répandues dans le seul but de ternir mon image. Le plus choquant a toujours été la méconnaissance de mes capacités et compétences. Pourtant, sans m’en vanter, j’ai un parcours dont je suis vraiment fière tant en politique que lors de mon passage au sein de la société civile… », a-t-elle raconté.
Au-delà des accusations financières, Catherine Kathungu Furaha a subi des médisances et humiliations plus personnelles. Lors des élections de décembre 2023, elle a été accusée d’être une « ennemie de la communauté », de renier ses origines Nande, et d’avoir acheté des voix.
Le rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression A/78/288 portant sur la désinformation sexiste et ses implications pour le droit à la liberté d’expression souligne que la désinformation genrée est à la fois une stratégie visant à réduire au silence la libre expression des femmes et des personnes non – conformes au genre, et une menace pour leur sécurité et leur santé. Dans certaines circonstances, elle peut également constituer une forme de violence en ligne fondée sur le genre. Ce rapport a été publié le 7 Août 2023. Le rapport explique que la désinformation genrée n’est pas un phénomène nouveau, mais qu’elle a pris de l’ampleur grâce aux nouvelles technologies et aux médias sociaux, menaçant, intimidant, nuisant et réduisant au silence les femmes et les personnes non – conformes au genre.
En parcourant une série de rapports, l’un des récent rapport sur l’égalité des sexes en République Démocratique du Congo, publié à Kinshasa le 11 septembre 2025 avec l’appui technique et financier d’ONU Femmes, le Ministère du Plan, à travers l’Observatoire Congolais du Développement Durable (OCDD), met en lumière les principales inégalités persistantes entre les femmes et les hommes. Nous avons sélectionné les inégalités économiques et l’accès à l’information.
Dans le cadre de son monitoring du fact-checking genré en RDC, on observe des commentaires sexistes récurrents tels que : « BA TATA BALOBA MWASI ATONGA KA MBOKA TE »; « Lorsqu’on vous dit que les femmes sont sensibles, vous ne voulez pas. Il faut rester à la députation nationale et provinciale et laisser la présidence libre, madame. Le pays même est étonné. » Un internaute a lancé ce message à la candidate à la dernière élection présidentielle, Marie José Ifoku, dans un contexte électoral. Ces affirmations constituent des atteintes à la démocratie : elles amplifient la haine et sèment le trouble dans le choix objectif des électeurs.
Désinformation genrée
- Madeleine Nikomba : la violence et la manipulation pour nuire
Sénatrice et ancienne gouverneure de la Tshopo, met en évidence comment la désinformation peut être utilisée non seulement pour empêcher les candidates à réaliser leurs projets en faveur de la population, mais aussi pour les évincer par pure haine ou envie.
Après sa victoire aux élections de gouverneurs, elle a été confrontée à des tentatives de rendre la province « ingouvernable ». Des opposants ont non seulement proféré des menaces, mais ont également manipulé des communautés sœurs pour qu’elles s’affrontent, allant jusqu’à provoquer des effusions de sang. Des contrats fonciers régulièrement signés ont été présentés comme des « ventes de terres des populations autochtones », un mensonge grossier véhiculé à grands coups de billets de banque et qui a directement conduit à des actes de violence.
« Lors de la proclamation des résultats définitifs des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs qui nous ont porté à la tête de la province avec mon vice aujourd’hui gouverneur, il y a eu des manifestants du camp adverse,dont certains notables des communautés qui se sont affrontés plus tard, qui ont promis de rendre la province ingouvernable par tous les moyens. Une vidéo de leur déclaration à cet effet existe jusqu’à aujourd’hui. Ils ont promis de verser le sang des Tshopolais. Malheureusement, après avoir cherché en vain, dans ma gestion, des faits pour me nuire, ils ont monté deux communautés sœurs entre elles. Le sang a coulé mais ils n’ont accepté de porter la responsabilité historique de leur montage en attribuant à ce conflit des origines foncières…», a-t-elle expliqué.
Madeleine Nikomba Sabangu dénonce une « ignoble » tentative de lui faire porter la responsabilité de tueries d’innocents, uniquement pour « avoir sa tête ». Elle souligne l’intensité des calomnies quotidiennes sur les réseaux sociaux, en lien avec son succès dans la gestion des recettes provinciales.
- Source : rapport sur l’égalité des sexes en République Démocratique du Congo, publié à Kinshasa le 11 septembre 2025 avec l’appui technique et financier d’ONU Femmes, le Ministère du Plan, à travers l’Observatoire Congolais du Développement Durable (OCDD),
- Des conséquences désastreuses pour la démocratie
La désinformation genrée a des conséquences profondes et dommageables sur la démocratie. Non seulement elle nuit à la crédibilité des femmes en politique, les forçant à se défendre contre des accusations souvent sans fondement, mais elle a également un effet dissuasif. Elle décourage les femmes de s’engager activement dans la politique, craignant les attaques personnelles et la diffamation. Par ricochet, elle peut aussi décourager les partis politiques de désigner des femmes candidates, par peur des campagnes négatives et des répercussions sur leur image.
En conclusion, la désinformation genrée n’est pas seulement une attaque contre des individus ; c’est une attaque contre le principe d’une représentation équitable et de la pleine participation des femmes à la vie politique de la nation. Pour construire une démocratie forte et inclusive en RDC, il est impératif de s’attaquer frontalement à ce phénomène, en sensibilisant, en éduquant, et en renforçant les mécanismes de lutte contre la diffusion de fausses informations.
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Écrit par: Kerene Yala et Sifa Bahati Relecture : Mado Sakaji Data analyse : Richard Miviri

















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