La République du Congo (Congo-Brazzaville) s’apprête à élire son nouveau chef d’État lors de l’élection présidentielle prévue le 15 mars 2026. Sept candidatures ont été validées par la Cour constitutionnelle, dont celle du président sortant, Denis Sassou N’guesso. Âgé de 82 ans et cumulant près de 40 ans à la tête du pays, il brigue un nouveau mandat dans un contexte marqué par une opposition divisée et des scrutins souvent contestés. Les rapports de force politiques actuels sur le terrain font de lui encore une fois le favori.
Sixième élection organisée depuis le retour au multipartisme au début des années 1990, ce scrutin se tient dans un climat socio-économique difficile, avec un chômage élevé, notamment chez les jeunes, et de fortes attentes en matière d’amélioration des conditions de vie. Lors de la campagne électorale, l’actuel président Denis Sassou-Nguesso a affirmé ne pas avoir l’intention de s’éterniser au pouvoir, laissant entrevoir un départ en 2031 s’il venait à être réélu le 15 mars prochain.
L’information que nous vérifions a été partagée récemment ici, ici et ici. Sur Facebook, elle a cumulé jusqu’au 5 mars 2026, plus de 2235 mentions “J’aime”, enregistré plus de 85 commentaires, et a été republié 232 fois. Ayant également circulé sur Tiktok en 2025, elle a cumulé plus de 4748 Likes, 351 commentaires, de plus de 4533 republications.
Citation :
‘’PAS D’OBSERVATEURS DE L’UNION EUROPEENNE POUR LA PARODIE D’ÉLECTION DE MARS 2026 AU CONGO BRAZZAVILLE’’

Capture d’écran prise par BALOBAKI CHECK qui prétend montrer un récent audio attribué à RFI
Les faits :
En tombant sur cet extrait sonore recyclé, dont la publication initiale remonte à près de huit mois, nous avons remarqué que beaucoup d’internautes semblaient s’indigner de cette supposée nouvelle prise de position de l’Union européenne sous les commentaires. Mais en circulant, un commentaire a particulièrement retenu notre attention, celui d’un internaute identifié comme résidant à Brazzaville, qui a écrit ceci : « Publier ce genre d’audio qui date de 2016 c’est une manière de dire que vous ne maîtrisez rien de la situation politique du pays ! »
Cette réaction nous a poussés à faire des recherches, premièrement sur les scrutins de 2016. Et effectivement, nous avons découvert qu’en prélude à l’élection présidentielle du 20 mars 2016 au Congo – Brazzaville, l’Union européenne avait décidé de ne pas envoyer d’observateurs. À l’époque, l’UE estimait que « les modifications apportées par la loi électorale manquaient de transparence, pouvaient induire une insécurité juridique et ne semblaient donc pas de nature à rassurer sur le caractère démocratique, inclusif et transparent de l’élection ».
Quant à l’audio, pour vérifier son authenticité et sa date de publication, il nous fallait en trouver l’origine. Une recherche avec la phrase clé « envoi de la mission d’observation électorale de l’Union européenne au Congo-Brazzaville » sur Google nous a permis de retrouver l’extrait en cours de vérification, disponible sur la chaîne YouTube de Radio France Internationale. Il s’agit en réalité d’une capsule découpée de l’émission Appels sur l’actualité, diffusée le 1er mars 2016. Retransmise en direct sur les antennes FM Afrique de RFI et filmée pour la chaîne YouTube, l’émission présentée par le journaliste Juan Gomez, accueillait Florence Morice, sa consœur du service Afrique de RFI, pour expliquer au public les raisons de la décision de l’Union européenne, prise à quelques jours du scrutin de 2016. Cet audio n’a donc rien à voir avec la période actuelle.
Quelle est la position de l’Union européenne sur l’élection de 2026 ?
Officiellement, jusqu’au 5 mars, date à laquelle nous avons rédigé cet article, nous avons scruté plusieurs médias pour connaître la position de l’Union européenne sur ce nouveau scrutin présidentiel au Congo – Brazzaville, mais nous n’avons rien trouvé. Aucune information n’a non plus été publiée sur les comptes officiels de l’Union européenne au Congo sur les réseaux sociaux. Aucune déclaration, aucun communiqué, aucune prise de position n’a été repérée.
Sans citer de source précise, l’opposant congolais Romain Bedel Soussa, ancien conseiller politique de l’ex-président Pascal Lissouba, a critiqué la prochaine élection en affirmant qu’elle n’était pas crédible, notamment parce qu’elle ne serait pas supervisée par la communauté internationale et que l’Union européenne ne serait pas impliquée. Ces allégations n’ont été ni confirmées ni infirmées par l’UE au Congo. À ce jour, seule l’Union africaine (UA) a annoncé officiellement le déploiement d’une cinquantaine d’observateurs sur le terrain lors de cette élection présidentielle.
La désinformation : une arme efficace en période électorale
Pendant les élections en Afrique, des vidéos et audios manipulés ou sortis de leur contexte circulent pour tromper l’opinion publique. Dans un pays comme le Congo-Brazzaville, où la crédibilité des scrutins est souvent remise en question, ce type de contenus peut semer le doute sur la légitimité du scrutin, susciter la méfiance des citoyens envers les institutions et provoquer des tensions sociales.
Une recherche intitulée « Comprendre la désinformation en Afrique », publiée le 26 octobre 2026 dans la revue européenne Le Grand Continent souligne que les campagnes de désinformation influencent de plus en plus les processus électoraux et leurs résultats, en Afrique comme ailleurs dans le monde. Par exemple, diffuser de fausses informations pour instiller la peur de la violence et faire baisser la participation dans des zones favorables à un adversaire politique est une pratique courante. Selon l’étude, l’utilisation de bots s’est intensifiée ces dernières années et est devenue plus sophistiquée.
En période électorale, des contenus anciens ou sortis de leur contexte circulent souvent pour influencer l’opinion publique. Plusieurs réflexes peuvent aider à éviter de tomber dans ce piège. D’abord, il est important de vérifier la date originale de l’enregistrement et le contexte dans lequel il a été prononcé. Ensuite, il faut chercher si le discours complet ou la source originale est disponible afin de comprendre le sens réel des propos. Il est aussi recommandé de croiser l’information avec des médias fiables ou des plateformes de vérification des faits. Enfin, avant de partager un contenu, les internautes doivent se demander qui diffuse l’information, dans quel objectif et à quel moment, car certains contenus sont recyclés ou manipulés pour influencer le débat public.
En conclusion, même si aucun observateur de l’Union européenne ne sera présent à la présidentielle du Congo Brazza, selon l’organisation contacté par Balobaki Check; cet audio de RFI sur le non-envoi d’observateurs de l’UE date de 2016.
Écrit par Dinho Kazadi , relecture: Moïse Esapa, Edité par la rédaction.
Nos sources – Vous aussi, vous pouvez vérifier comme nous;
- Lien vers les candidatures validées par la Cour Constitutionnelle
- Lien sur la longévité de Denis Sassou N’guesso au pouvoir
- Lien sur l’opposition fragmentée
- Lien sur la situation socio-économique au Congo – Brazza
- Lien de la publication que nous vérifions
- Lien du refus d’envoi d’observateur au Congo – Brazzaville en 2016
- Lien vers la recherche avec la phrase clé
- Lien originelle de l’audio de RFI
- Lien de la ronde des médias
- Lien vers un compte réseau social de l’UE au Congo – Brazzaville
- Lien vers la critique d’un opposant congolais
- Lien sur l’envoi d’une cinquantaine d’observateurs par l’Union africaine
- Lien d’une recherche sur la désinformation en Afrique
- Lien vers la présentation de la revue Le Grand Continent




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