[Réflexion] Entre indépendance et survie financière: les défis économiques des initiatives de fact-checking en Afrique

En 2 lignes

Un débat qui, loin d'être purement théorique, reflète les contradictions vécues au quotidien par des rédactions entières à travers le continent africain.

04/23/2026

En bref

A l’initiative de Balobaki check, media congolais (RDC) de fact-checking,  le 10 avril 2026,  un webinaire a réuni plusieurs experts africains du fact-checking autour d'une problématique  sur l'indépendance et la survie financière des médias fact-checking en Afrique. Un débat qui, loin d'être purement théorique, reflète les contradictions vécues au quotidien par des rédactions entières à travers le continent africain.

Intervenant depuis le Sénégal, Valdez Onanina, Rédacteur en chef du bureau francophone d’Africa Check basé à Dakar, a posé les bases d’une réflexion structurée. Pour lui, tout commence par des règles du jeu claires avec les bailleurs de fonds,  les accords de financement doivent impérativement inclure des clauses garantissant la non-ingérence dans le travail éditorial. À cela s’ajoute une exigence de transparence sur l’origine des financements, condition sine qua non pour que le public continue de faire confiance aux médias de fact-checking.

Sur la question des financements publics, Valdez Onanina adopte une position nuancée. La réalité, dit-il, varie d’un pays à l’autre, là où certains médias parviennent à maintenir leur ligne éditoriale malgré un soutien étatique, d’autres se retrouvent sous pression dès lors qu’un gouvernement finance les médias. Dans ce second cas, il vaut mieux refuser l’argent. L’indépendance éditoriale, selon lui, ne peut en aucun cas être négociée.

Rabeb Aloui, directrice de BN Check en Tunisie,  recommande aux médias de fact-checking de ne pas accepter de financements provenant des gouvernements ou des partis politiques, rappelant que cette indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est l’une des exigences fondamentales de l’International Fact-Checking Network (IFCN). Une ligne de conduite qui peut sembler rigide, mais qui protège la crédibilité des organisations de fact-checking sur le long terme.

Face aux difficultés financières bien réelles que traversent de nombreuses rédactions, Rabeb Aloui propose des pistes concrètes et pragmatiques. Renforcer les collaborations inter-organisations, développer des formations payantes, revoir les stratégies de mobilisation des fonds et s’appuyer sur des partenaires reconnus comme CFI et autres. Elle exclut en revanche  le modèle du contenu payant pour les lecteurs, estimant que l’objectif premier du fact-checking est de combattre la désinformation, non de générer des revenus.

C’est depuis le Mali que Aliou Diallo, spécialiste de la désinformation au Sahel, a apporté la perspective la plus préoccupante. Dans son pays, les financements extérieurs doivent être validés par les autorités publiques, plaçant les médias dans une situation de dépendance institutionnelle particulièrement contraignante. Certains sujets sensibles deviennent ainsi quasi impossibles à traiter sans risquer de perdre l’accès aux ressources nécessaires à la survie de la rédaction, obligeant les équipes à des arbitrages éditoriaux douloureux.

Comment les médias de Fact-checking sont-ils financés ? 

Les subventions des bailleurs de fonds, les partenariats avec les plateformes numériques, la cotisation des membres, les formations payantes et les dons des lecteurs sont les principales sources de financement ou de revenus des médias de verification des faits. Les organisations crédibles veillent à ce que ces donateurs n’exercent aucune influence sur les conclusions des vérificateurs de faits dans leurs rapports. 

Aussi, la majorité d’organisation de Fact-checking respectent les principes du International Fact-Checking Network, qui stipulent que les organisations signataires du Code de principes de l’IFCN doivent faire preuve de transparence quant à leurs sources de financement.

Cette exigence oblige les organisations de fact-checking à formaliser des garanties d’indépendance éditoriale vis-à-vis des bailleurs des fonds . Par exemple, PolitiFact refuse les dons de partis politiques, Africa Check et Pesa Check rendent publics leurs donateurs principaux et contractualisent l’absence d’influence éditoriale. 

Le webinaire a été animé par Moïse Esapa, journaliste fact-checker et responsable du monitoring à Balobaki Check. Après sondage, avec plus de 50 participants et enregistrements, 93% des participants ont évalué positivement cette rencontre virtuelle, 11  pays ont pris part dont: la RDC, le Cameroun, le Tchad, le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée, le Mali, la Tunisie, la Côte d’ivoire, le Sénégal et le Burundi. 

Écrit par: Moïse Esapa

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