Racisme et discours de haine : comprendre la frontière

En 2 lignes

07/19/2026

En bref

Une polémique éclate lors de la Coupe du monde de la FIFA 2026, à la suite de la victoire de la France face au Paraguay en huitièmes de finale, grâce à un but de Kylian Mbappé. Ce match, particulièrement tendu et marqué par plusieurs accrochages entre joueurs, s'est achevé par un geste remarqué : le capitaine français a refusé de serrer la main du gardien paraguayen Orlando Gill.

Peu après la rencontre, la sénatrice paraguayenne Céleste Amarilla a publié sur le réseau social X une série de messages à caractère raciste visant le capitaine français. Elle l’a notamment qualifié de ‘’ Camerounais colonisé prétendant être Français ‘’, l’a comparé à un chimpanzé et a tenu d’autres propos dégradants à son égard.

Ces déclarations ont immédiatement suscité une vague de condamnations, venues de la Fédération française de football, du gouvernement paraguayen, ainsi que du président français Emmanuel Macron et de la FIFA. Face aux critiques, la sénatrice s’est défendue en expliquant que ses propos s’inscrivaient dans un contexte culturel où ce type d’insultes serait banalisé, une justification qui a ravivé le débat sur la frontière entre racisme et discours de haine.

En France, l’affaire a rapidement pris une tournure judiciaire. À la suite d’un signalement de la Fédération française de football (FFF), le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injures racistes et provocation publique à la haine, visant directement la sénatrice.

      Le racisme demeure un problème récurrent dans le football,  les grands joueurs y sont victimes

En 2023, le joueur brésilien Vinícius Júnior a été victime d’insultes racistes lors d’un match en Espagne. La FIFA a condamné ces actes, apporté son soutien au joueur et rappelé que les matchs peuvent être interrompus, suspendus ou arrêtés en cas de racisme.

En 2018, le défenseur sénégalais Kalidou Koulibaly a subi des cris de singe en Italie. L’UEFA a dénoncé ces comportements et a appelé à des sanctions contre les responsables.

Antonio Rüdiger a également été la cible d’insultes racistes à plusieurs reprises. La FIFA a réaffirmé sa politique de tolérance zéro et insisté sur l’application des sanctions.

Pour lutter contre le racisme, la FIFA applique un protocole en trois étapes (interrompre, suspendre ou arrêter un match), prévoit des sanctions disciplinaires, l’exclusion des supporters auteurs de racisme, et travaille avec les fédérations pour prévenir et réprimer ces actes.

Naître sans préjugés, les apprendre en société 

Le psychologue canadien Albert Bandura, à travers sa théorie de l’apprentissage social, a montré que les comportements, les stéréotypes et les préjugés s’acquièrent largement par l’observation de la famille, de l’entourage, des médias et de la société. 

Une analyse que partage Josué Kasereka, psychologue clinicien et superviseur Mental Health and psychosocial support ( Santé mentale et appui psychosocial)  à Goma, contacté par Balobaki Check, vendredi 10 juillet. 

« Lorsque certaines expressions dévalorisantes ou certains stéréotypes sont répétés sans être remis en question, ils peuvent être intégrés comme des « vérités normales ». En psychologie sociale, on parle d’apprentissage social.  Nous apprenons beaucoup en observant les autres. » nous a confié le psychologue ; Interrogé sur la possibilité de déconstruire les préjugés racistes, Josué Kasereka affirme que cela est possible. Selon lui, les recherches en psychologie montrent que ces préjugés peuvent évoluer grâce à l’éducation, à l’accès à des informations fiables, aux échanges avec d’autres groupes et au développement de l’empathie. Il rappelle toutefois que comprendre l’origine d’un préjugé ne justifie jamais un discours discriminatoire.

Les repères pour reconnaître un discours de haine

Les Nations Unies définissent le discours de haine comme toute communication qui attaque ou utilise un langage péjoratif envers une personne ou un groupe en raison de son identité, notamment sa race, son origine ou sa religion.

La juriste américaine Susan Benesch, fondatrice du Dangerous Speech Project et chercheuse associée au Berkman Klein Center de l’Université Harvard, estime que tous les discours de haine n’ont pas le même potentiel de nuisance.Elle distingue le discours de haine du discours dangereux . 

“Un discours de haine peut choquer, blesser ou menacer sans pour autant conduire à des actes de violence. En revanche, un discours dangereux n’est pas toujours fondé sur la haine : il repose souvent sur la peur, qui peut être tout aussi efficace que la haine pour inciter à la violence.”Explique Benesch 

Ce qui distingue juridiquement le racisme du discours de haine

Pour Maître Magayane Chiza, juriste congolais et directeur exécutif d’Uhuru Knowledge Center , « le racisme et le discours de haine sont des notions distinctes mais étroitement liées ».

Selon lui, le racisme est une discrimination fondée sur des critères raciaux ou ethniques, tandis que le discours de haine est un acte de communication qui peut inciter à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence.

« Tout propos offensant ne constitue pas automatiquement un discours de haine. Les juridictions examinent notamment le contexte, l’intention de l’auteur, son influence, la portée du message et le risque qu’il entraîne une discrimination, une hostilité ou une violence. » a déclaré le juriste à Balobaki Check. 

Cette approche rejoint le Plan d’action de Rabat des Nations Unies, qui vise à concilier la liberté d’expression avec l’interdiction de l’incitation à la haine prévue par l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le Plan souligne également que le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie doivent être combattus par un ensemble de mesures, notamment l’éducation, le dialogue, la sensibilisation et, lorsque les propos incitent à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence, par des sanctions prévues par la loi.

Les défis auxquels fait face la RDC

Interrogé sur la situation en République démocratique du Congo, Me Magayane Chiza estime que plusieurs obstacles compliquent la lutte contre les discours de haine.

Le premier est la fragilité du cadre juridique. Selon lui, bien que la Constitution garantit l’égalité devant la loi et interdit les discriminations, la RDC ne dispose pas encore d’un dispositif législatif suffisamment complet pour réprimer efficacement toutes les formes de discours de haine, notamment sur les plateformes numériques. Il souligne que la loi sur le numérique constitue une avancée, mais que certaines zones d’ombre demeurent.

Le deuxième défi concerne l’instrumentalisation des identités ethniques et communautaires. Dans le contexte du conflit dans l’est de la RDC, explique-t-il, certains acteurs politiques, militaires ou communautaires exploitent les appartenances ethniques pour mobiliser des soutiens et justifier des violences.

À cela s’ajoute la prolifération des réseaux sociaux, qui favorise une diffusion extrêmement rapide des fausses informations et des messages haineux, souvent repris et amplifiés par les internautes.

Enfin, Me Magayane Chiza évoque les difficultés institutionnelles, notamment les capacités limitées des autorités judiciaires et des organes de régulation pour identifier les auteurs de discours de haine et les poursuivre. Il relève également le besoin de renforcer la formation des magistrats et des autres acteurs de la justice sur les questions liées à la liberté d’expression et aux discours de haine. 

Les experts s’accordent sur un point : grandir dans un environnement où le racisme est banalisé peut expliquer l’origine de certains préjugés, mais ne les excuse pas. Si le racisme repose sur des préjugés et des discriminations, le discours de haine franchit un seuil supplémentaire lorsqu’il favorise ou incite à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour lutter contre la banalisation du racisme et promouvoir des sociétés plus inclusives. 

Écrit par Richard MIVIRI , Relecture: Moïse Esapa

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