Renforcer la résilience, le vivre ensemble et la démocratie en RDC


Les contenus de Balobaki Check, distribués dans plus de 220 groupes WhatsApp, sur les réseaux sociaux et à travers des partenariats avec des 12 radios communautaires, ont atteint plus de 2 millions de personnes, encourageant une prise de conscience du public autour de la désinformation en zones de conflit.

Conflits communautaires : une jeune leader communautaire sensibilisée aux dangers des discours de haine s’engage pour la paix et le vivre ensemble.

Les différences entre les propos haineux qui exacerbent les tensions au sein des communautés et les affirmations teintées d’une appartenance communautaire revendiquées sans pour autant contribuer à piétiner le vivre ensemble peuvent parfois sembler floues. Elles l’étaient pour Cherify, une jeune leader communautaire d’une vingtaine d’années. Originaire de la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC), Cherify a grandi dans la ville volcanique de Goma, à la frontière du Rwanda.

Dans ce contexte, certains discours sur l’appartenance ethniques étaient devenus pour Cherify une évidence, jusqu’à ce qu’elle voie passer dans un groupe WhatsApp un document qui s’annonce être une newsletter pour la paix. Le contexte sécuritaire et les nombreux groupes armés qui opèrent dans l’est de la RDC sont à l’origine d’importants déplacements humains des deux côtés de la frontière avec le Rwanda. Selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés datant de juillet 2025, 196 289 réfugiés et demandeurs d’asile rwandais sont en RDC, tandis que le Rwanda abrite 84 456 réfugiés et demandeurs d’asile congolais. Dans les
régions frontalières, les tensions entre communautés réveillent un sentiment nationaliste où les propos haineux, empreints d’un esprit tribal, se propagent rapidement. Ces propos ciblent explicitement certains citoyens congolais dont le kinyarwanda est la langue maternelle.

Cherify estime avoir été exposée très tôt à des propos stigmatisants visant différentes communautés ou pays voisins : “Au début, j’étais indifférente aux propos à caractère discriminatoire, je ne savais pas reconnaitre le discours de haine. Je trouvais cela normal et je pensais que c’était une situation difficile, voire impossible, à changer dans notre milieu. Mais quand j’ai lu l’article dans la newsletter de Balobaki Check, j’ai compris que moi aussi, à mon niveau, je pouvais sensibiliser les autres et ne plus rester indifférente”, explique-t-elle.

L’article en question, paru dans le numéro 16 de RDC : Ensemble pour la paix – Pamoja Kwa Ajili Ya Amani la semaine du 9 janvier 2026, évoque la suspension du général et porteparole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), Sylvain Ekenge, en décembre 2025 après la publication d’une vidéo où il tenait des propos négatifs sur les femmes appartenant à la communauté Tutsi. La vidéo, largement diffusée
sur la chaîne publique congolaise RTNC et sur les réseaux sociaux, avait suscité l’indignation de la communauté internationale.

Téléchargez l’intégralité ici  la version française: Balobaki Stories of Impact FRN et la version anglaise Balobaki Stories of Impact

C’est ceci qui constitue un élément déclencheur dans la prise de conscience de Cherify sur les discours discriminatoires qui contribuent à alimenter les tensions communautaires et le rôle que chaque citoyen peut jouer dans leur prévention : “Je me disais que même les autorités toléraient ces genres de discours mais cette action (la suspension de Sylvain Ekenge) m’a permis de comprendre que je dois aussi participer à la lutte contre les discours de haine.”

D’après un sondage mené par Balobaki Check auprès de 138 personnes lectrices de RDC : Ensemble pour la paix – Pamoja Kwa Ajili Ya Amani en juin 2026, 90,6% considèrent les discours de haine comme une menace grave pour la société, et 4,3% comme modérément préoccupantes. Ces résultats témoignent d’une prise de conscience élevée des conséquences potentielles de ces discours, en particulier dans l’est de la RDC, où ils peuvent exacerber les tensions, la violence et les divisions au sein des communautés.

Aujourd’hui, Cherify affirme avoir développé un regard plus critique sur les informations qu’elle reçoit et sur les propos discriminatoires qui circulent dans son entourage. Elle commence également à sensibiliser les personnes qui lui sont proches, notamment les 22 membres de sa chorale, tous âgés entre 20 et 25 ans. Profitant des espaces de discussion et de confiance qu’ils partagent, elle encourage désormais des échanges ouverts sur les questions liées aux préjugés, à la discrimination et à la coexistence pacifique. Selon elle, ces conversations permettent d’aborder sans tabou des sujets souvent sources de tensions et de promouvoir une meilleure compréhension entre les membres du groupe.

Elle considère désormais que chaque citoyen peut contribuer à promouvoir la paix, le respect mutuel et le vivre-ensemble au sein de sa communauté : “Je continue régulièrement à lire les newsletters de Balobaki Check, surtout celles qui parlent des discours de haine. Le fait que la Constitution de la RDC interdit ces genres de discours m’a aussi interpellé et donné de nouveaux arguments face à ceux qui continuent à les nourrir.”

Le témoignage de Cherify montre qu’une information vérifiée transmise par des acteurs jugés crédibles et apolitiques peut contribuer à déconstruire des préjugés profondément enracinés et encourager des comportements favorables à la cohésion sociale. Son changement d’attitude est significatif parce qu’il réduit le risque de propagation des discours de haine dans son entourage direct et favorise la promotion du dialogue et du respect mutuel. Pour la population congolaise majoritairement jeune, cette histoire démontre également que les jeunes leaders communautaires peuvent devenir des relais de sensibilisation et des acteurs de paix lorsqu’ils disposent de connaissances et outils nécessaires pour comprendre les dangers de la désinformation et des discours de haine.

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