Pour Trésor Kibangula, l’émergence des réseaux sociaux et la multiplication des plateformes numériques ont considérablement déplacé le curseur du journalisme. « Auparavant, le journaliste était une sorte de gardien, un filtre qui contrôlait ce qui entrait dans le débat public et dans l’espace médiatique », a-t-il souligné. Aujourd’hui, il croit que « l’information et les faits ne sont plus l’apanage des professionnels des médias. Lorsqu’un événement se produit, les réseaux sociaux permettent d’en être informé presque instantanément, sans attendre le journal télévisé de 20 heures. Un tweet, une vidéo sur TikTok ou une publication Facebook peuvent suffire à diffuser massivement l’information ».
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« Cette évolution redéfinit le rôle du journaliste qui doit désormais se positionner comme un médiateur de l’information : une personne qui contextualise les faits, analyse la portée, mesure l’impact et aide le public à en comprendre les enjeux », a renchéri Trésor Kibangula.
De nos jours, on assiste à l’information désorganisée dans la région des Grands Lacs et en République démocratique du Congo en particulier où elle est devenue un véritable « front » de guerre, où la bataille se joue autant sur les territoires que sur les récits publics.
Les réseaux sociaux remplissent plusieurs fonctions à notre époque :
- Amplificateurs de rumeurs : X, TikTok, WhatsApp et Facebook transmettent des images trafiquées, des vidéos hors contexte, des enregistrements audio modifiés et du contenu généré par l’IA, qui exacerbent les tensions ethniques et politiques.
- Les contenus viraux alimentent les discours de haine et la logique de vengeance intercommunautaire en manipulant les émotions (indignation, peur, rancœur). Ils contribuent ainsi à l’exacerbation des tensions et des conflits.
- Les plateformes sont à la fois des outils pour documenter des violations, pour mobiliser des citoyens et pour plaider pour la paix. Cela rend toute tentative de restriction ou de blocage délicate.
Si cette transformation bouleverse les pratiques journalistiques traditionnelles, elle impose également de nouveaux défis : « dans un environnement saturé par l’information, le journaliste doit plus que jamais apporter de la rigueur, du recul et de la projection face à chaque fait », a conclu Trésor Kibangula.
Une analyse de la plateforme africaine des Fact-chekers francophones (PAFF) publié en décembre et reprise par Balobaki indique que l’on constate » les réseaux sociaux ne sont plus seulement des espaces de divertissement ou de sociabilité. S’ils sont bien des carrefours de circulation de l’information, de mobilisation citoyenne et de débat public, ils portent en eux une fragilité structurelle qui est la viralité des contenus, elle-même amplifiée par les algorithmes. Cela favorise autant la diffusion d’informations utiles que la propagation de la désinformation et de discours haineux. « Bien que la désinformation ait toujours fait partie de l’écologie de l’information et de la communication en Afrique, la nature instantanée des réseaux sociaux a augmenté la fréquence de campagnes d’informations méticuleusement élaborées, intentionnellement fausses et trompeuses », soulignent les auteurs de l’étude Comprendre la désinformation en Afrique publiée en 2023 dans la revue Le Grand Continent ».
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Balobaki Check, avec l’appui de l’Ambassade du Canada en République démocratique du Congo, a procédé ce jour à la cérémonie d’exposition de dessins de presse sous le thème « dessin pour la paix : journalistes armés, public résilient » couplée à la clôture officielle du projet intitulé : « Outiller les journalistes congolais à mieux rendre compte des conflits tout en restant en sécurité et renforcer la résilience du public face aux troubles de l’information en temps de guerre », un projet inscrit dans l’axe Paix et sécurité, avec un accent particulier sur la prévention des conflits et la consolidation de la paix.
Liens – contexte de l’événement
- https://balobakicheck.com/exigence-et-responsabilite-lappel-de-jed-aux-journalistes-face-aux-enjeux-de-paix-et-de-securite-en-rdc/
- https://www.facebook.com/share/v/1C3jxRJ5i7/?mibextid=wwXIfr
- https://www.eventsrdc.com/rdc-balobaki-check-et-lambassade-du-canada-engages-pour-un-journalisme-responsable/
- https://x.com/i/status/2019461768842502567
- https://x.com/i/status/2019337618610360523




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