« les échantillons médicaux doivent être transférés jusqu’à Kinshasa pour être analysés, alors que les zones touchées se trouvent à plusieurs milliers de kilomètres de la capitale. Le temps nécessaire pour les prélèvements et leur transfert jusqu’à Kinshasa montre que notre système de santé présente encore de nombreuses failles », déplore Paul Zaidi, rapporteur de la société civile basé à Kasindi-Lubiriha( territoire de Beni) qui estime que la distance entre l’épicentre de la maladie et Kinshasa ne sont pas favorable à l’obtention de résultats rapides.
Mais au-delà de la menace sanitaire, c’est également un climat de peur, de rumeurs et de méfiance qui s’installe progressivement dans les communautés frontalières. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé cette nouvelle flambée comme une urgence de santé publique de portée internationale, de nombreuses interrogations persistent au sein des populations : les autorités maîtrisent-elles réellement la situation ? Les frontières sont-elles suffisamment surveillées ? Les systèmes de santé de la région sont-ils préparés à une éventuelle propagation du virus ?
« Lorsque vous arrivez à la frontière du côté ougandais, vous constatez un dispositif impressionnant de lutte contre Ebola : kits de lavage des mains, isolement des cas suspects, prise automatique de température. Cela montre que les services techniques chargés de la riposte sont bien organisés », ont déclaré Balobaki Check des sources concordantes notamment Zaidi.
Mais, du côté de l’Ituri, la province épicentre de la maladie, les mesures ont été prises par les autorités locales et nationales pour limiter la propagation du virus. Mais, c’est sans compter sur une communauté qui a du mal à croire à l’existence de la maladie, comme on le raconte dans un article intitulé : Ebola en RD Congo : le virus au miroir des mythes et de la désinformation publié vendredi.
Nous avons vu que le gouvernement central en ramenant un certain nombre de kits qui pourraient aider les corps soignants et aussi les malades pour les traitements, mais aussi effectués par les autorités provinciales et certaines autorités locales, a répondu à Balobaki Check, Dieudonné Kasonia, membre du cadre de concertation de la societé civile de l’Ituri.
Une région marquée par les traumatismes des précédentes épidémies
Dans l’Est de la RDC, Ebola reste associé à des souvenirs douloureux. Entre 2018 et 2020, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri avaient déjà été frappées par une épidémie meurtrière, dans un contexte marqué par l’insécurité et les conflits armés.
À l’époque, la riposte sanitaire avait été fortement perturbée par des attaques contre les centres de traitement, mais aussi par une profonde méfiance des communautés. Plusieurs habitants accusaient alors les autorités et certaines organisations internationales “d’inventer” la maladie ou d’en tirer profit.
Aujourd’hui encore, ces souvenirs continuent d’alimenter les craintes au sein des populations. À Butembo, où vivent de nombreuses familles déplacées par les violences armées, la société civile redoute une propagation rapide du virus.
« La ville de Butembo, qui accueille plusieurs familles déplacées, risque de devenir un foyer de propagation sans précédent de cette maladie », alerte Célestin Thasihalia, coordonnateur de la société civile de Butembo.
Les réseaux sociaux, qui exacerbent la peur et la désinformation
Depuis l’annonce des nouveaux cas, des messages alarmistes circulent massivement sur WhatsApp, Facebook et TikTok. Certaines publications comme celle-ci affirment que l’épidémie aurait été “inventée”, tandis que d’autres accusent des responsables politiques ou sanitaires d’exploiter Ebola à des fins sécuritaires ou financières.
Face à l’afflux de fausses informations, Dénon Tshienda, un expert en santé publique de Goma, exhorte les gens à faire preuve de prudence. « Ce sont de fausses informations et un véritable piège. Si les communautés refusent de s’engager dans la lutte contre la maladie, cela risque d’entraîner davantage de contaminations et de décès », prévient-il.
Le médecin souligne que la souche Bundibugyo demeure particulièrement préoccupante. « Cette souche ne dispose ni de vaccin ni de traitement spécifique. Refuser les mesures barrières sous prétexte qu’Ebola serait une invention politique est extrêmement dangereux. La maladie est réelle et elle tue », insiste-t-il.
La peur gagne aussi le Sud-Kivu
Dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, le décès d’un cas suspect en provenance de l’Ituri a provoqué un mouvement de panique le 19 mai 2026. Cette zone est actuellement sous le contrôle des rebelles de l’AFC/M23. « Il est important d’isoler rapidement les cas suspects afin d’éviter toute propagation de la maladie », Le médecin – chef de la zone de santé de Miti, Serge Cikuru
Pour plusieurs observateurs, le principal défi reste désormais de rétablir la confiance entre les autorités sanitaires et les communautés, dans une région déjà fragilisée par les conflits armés, les déplacements de population et la circulation persistante des rumeurs.
Une exhortation à la réouverture de l’aéroport de Goma
Le médecin congolais et Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a exhorté, le mardi 19 mai 2026 le M23 à rouvrir l’aéroport de Goma, considéré comme le principal hub humanitaire de l’Est de la RDC, afin de faciliter la riposte contre l’épidémie d’Ebola.
Dans un message publié sur X, le Dr Mukwege appelle également la communauté internationale à agir en urgence « en déployant des ressources, en protégeant les travailleurs de la santé et en soutenant les populations de l’Est du Congo et de l’Ouganda, qui se trouvent en première ligne de cette crise ».
Déclaration sur l’épidémie d’Ebola en R.D. Congo
Depuis des décennies, je soigne des patients dans l’est de la République démocratique du Congo, au cœur de conflits qui ont détruit les systèmes de santé mêmes, dont la population dépend pour survivre. Aujourd’hui, une souche… pic.twitter.com/0IRpkUrRIF
— Denis Mukwege (@DenisMukwege) May 19, 2026
Selon lui, cette nouvelle flambée épidémique met en lumière les conséquences des conflits armés sur les systèmes de santé. Le Nord-Kivu demeure aujourd’hui fragmenté par les lignes de front opposant les forces gouvernementales au M23, soutenu par le Rwanda, ce qui complique davantage les déplacements et les interventions humanitaires. Cependant dans un long message sur le réseau social X, le chef de la rébellion, Corneille Nangaa a indiqué que « L’AFC/M23 rappelle que la santé et la vie des Congolais doivent rester au-dessus des calculs politiques. Dans les zones libérées placées sous son contrôle, le Mouvement assume pleinement ses responsabilités envers les populations, sur les plans sécuritaire, sanitaire, humanitaire, social et économique. »
#EbolaRDC
1. Alors qu’il dilapide des millions de dollars dans le financement de clubs de football européens, au détriment du championnat national et des priorités sociales fondamentales, le régime illégitime et corrompu de Kinshasa expose une nouvelle fois son irresponsabilité…— Corneille Nangaa (@CNangaa) May 19, 2026
Du côté des organisations humanitaires, les inquiétudes restent nombreuses. Basée à Goma, Glodie Hamuli, spécialiste MEAL au sein de Danish Refugee Council, explique que la fermeture de l’aéroport affecte lourdement la réponse humanitaire, bien au-delà de la seule crise Ebola. « Les déplacements pour atteindre les bénéficiaires sont devenus extrêmement compliqués. Non seulement l’aéroport est fermé, mais plusieurs routes de la province sont impraticables. Les humanitaires qui se rendent de Goma vers Beni passent parfois par l’Ouganda, ce qui rallonge considérablement les trajets et augmente les coûts », explique-t-il.
Selon lui, un trajet qui prenait auparavant environ 30 minutes par avion peut désormais nécessiter au minimum deux jours de voyage, retardant fortement les interventions. Pour Glodie Hamuli, la réouverture de l’aéroport de Goma apparaît désormais essentielle afin de permettre un déploiement rapide des équipes, des équipements médicaux et des opérations de coordination dans les zones touchées par l’épidémie.
Écrit par l’équipe Balobaki Check dans l’est de la RDC : Richard MIVIRI, basé à Goma; Sifa BAHATI, basé à Bukavu
Glodie MIREMBE, basé à Butembo, Serge SINDANI, basé à Kisangani
Relecture : Kerene Yala – rédactrice au bureau central à Kinshasa




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