Aucune preuve scientifique n’atteste qu’une recette à base de feuilles de goyave, d’oignon rouge et de clou de girofle peut guérir la maladie à virus Ebola

En 2 lignes

Cette prétendue recette à base de plantes, présentée comme un traitement contre la maladie à virus Ebola, n’est appuyée par aucune preuve scientifique. Aucun élément factuel ne démontre son efficacité contre cette maladie.

05/22/2026

En bref

Sur le réseau social TikTok, une internaute a partagé une vidéo de 13 minutes 12 secondes, dans laquelle elle présente une prétendue décoction pouvant aider lutter contre la maladie à virus Ebola (MVE), sévissant actuellement dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Elle explique que le mélange « de feuilles de goyave, oignon rouge, cannelle, bissap, clou de girofle, gingembre et poivre noire en grain », constituerait une solution efficace pour prévenir l’épidémie d’Ebola. Après vérification, nous n'avons trouvé aucun élément factuel ni aucune preuve scientifique confirmant ces allégations ou l’efficacité de cette décoction contre Ebola.

La 17e épidémie de la maladie à virus Ebola a été déclarée dans les zones de santé de  Bunia,  Mungbwalu et Rwampara, province de l’Ituri dans l’Est du pays, le 15 mai 2026. Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, a signalé que les analyses de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) ont confirmé des cas positifs sur les échantillons prélevés. C’est la souche Bundibugyo qui a été pointée comme agent causal. Le rapport épidémiologique du 20 mai 2026, note 160 décès suspects, 61 cas confirmés, 671 cas suspects, aussi 1261 contacts. 

Citation :

« contre la virus Ebo… » (ici lien archivé de la publication)

Traduction complète de la citation vérifiée 

Voici la traduction en français de ce que dit l’auteur de la vidéo produite en lingala, l’une des langues nationales de la RDC : « …On dit qu’il y a une pandémie et les gens meurent. Mes frères ne mourez pas comme ça. Avec cette pandémie, buvez de l’eau chaude tout le temps. Je ne l’ai pas en image. Allez partager ! Vous qui voyez cette vidéo et scrollez, vos frères sont en train de perdre la vie. Nous avons les feuilles de goyave, les gens de l’Ituri, Mahagi, Mungbwalu, Ariwara partager massivement. Nous avons besoin de : cannelle, bissap, clous de girofle, oignons rouges, citron et gingembre, poivre noir en graines. Mes chéris, achetez ces ingrédients en grande quantité, faites avaler même à un bébé 2 cuillerées à soupe. Que tout le monde boive ça. Ceux qui aiment le thé, laissez ça d’abord et prenez ça. Traitez d’abord la maladie et évitez la mort. Les gens m’appellent de partout, surtout à Mongbwalu… ».

 

Les faits :

Cette affirmation nous a semblé douteuse, d’autant  qu’une recherche rapide avec les mots-clés « recette, feuilles de goyave, clous de girofle, oignon rouge, citrons, contre Ebola », sur Google, n’a donné aucun résultat concluant. Nous avons ensuite cherché à savoir s’il existe un probable traitement curatif contre la souche Bundibugyo réapparue en RDC en 2026. Nous avons trouvé qu’il n’existe actuellement aucun traitement approuvé contre le virus Bundibugyo. 

Face aux commentaires de certains abonnés évoquant les conséquences de l’utilisation de cette recette, après l’avoir testée sans succès, la TikTokeuse a  alors réalisé une deuxième vidéo, expliquant que les vertiges signalés seraient  dûs à l’usage d’une grande quantité de cannelle dans la préparation. Nous avons écrit  à la responsable de ce compte TikTok qui a posté la vidéo le jeudi 21 mai 2026, pour avoir une idée sur les preuves scientifiques de sa recette, elle n’a pas répondu. Sur ce compte, elle produit essentiellement des vidéos de traitement avec des produits traditionnels.

Lire aussi :

Ebola en RD Congo : le virus au miroir des mythes et de la désinformation

Ensuite nous avons voulu connaître les stratégies utilisées en RDC lors de la résurgence de la maladie à virus Ebola en 2012. La souche Bundibugyo avait été signalée à Isiro dans la province du Haut-Uélé. Le professeur virologue Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), indique qu’en 2012, seules les mesures sanitaires publiques avaient permis de contenir la maladie.

« Les épidémies d’Ebola en RDC, sont dues à l’espèce Ebola-Zaïre pour lequel nous avons développé toutes les stratégies de lutte. Sauf en 2012 où l’épidémie d’Ebola était provoquée par un nouveau virus venu de l’Ouganda qu’on appelle donc le virus Bundibugyo. Nous avions maîtrisé cette épidémie en utilisant seulement les mesures de santé publique consistant surtout à l’isolement des malades atteints d’Ebola mais également par la protection du personnel soignant en leur fournissant des gants et désinfectant aussi en assurant les enterrements sécurisés », fait-il savoir dans cette interview.  

Lire aussi :

Il n’existe aucune preuve scientifique que « la nouvelle variante de la maladie à virus Ebola est un produit d’un laboratoire américain et déjà présente dans le vaccin Moderna contre la covid-19 en 2021»

Le professeur Muyembe affirme que « bien qu’ il n’y a pas encore un médicament ou un vaccin homologué, nous pensons que nous pouvons maîtriser, contenir cette maladie en appliquant les mêmes méthodes que nous avions appliqué pendant l’épidémie de Isiro en 2012. Et donc il n’y a pas lien à paniquer nous devons travailler ensemble, et la population est appelée à faire confiance au ministère de la santé ».

Après avoir déclaré l’épidémie d’Ebola en cours (souche Bundibugyo), comme une urgence de santé publique de sécurité continentale, le Centre africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) rapporte que des travaux sont en cours pour mettre en place des vaccins contre cette maladie. Directeur de cette institution africaine de recherche, le Dr Jean Kaseya explique que trois pistes sont actuellement explorées :  les vaccins Hervé Beaumère développé en France, Shadox développé au Royaume-Uni et VSV-BD-BV développé au Texas.

Recette miracle et désinformation : pourquoi faut-il s’en méfier ?

S’agissant de la décoction proposée comme recette miracle par l’internaute, le docteur épidémiologiste Valery Biduaya, estime qu’elle a des propriétés de traitement symptomatique. Cela, en soulageant le mal de gorge, la fatigue voire le rhume. Elle ne détruit pas cependant le virus. L’épidémiologiste craint qu’en donnant du crédit à ce traitement traditionnel, des contaminations communautaires, des propagations de fausses informations et l’arrivée retardée des patients s’accentuent.

« Cette recette peut éventuellement apporter un léger soulagement de certains symptômes comme le mal de gorge, la fatigue ou le rhume grâce à certaines propriétés naturelles des ingrédients, mais elle ne détruit pas le virus Ebola et ne remplace jamais les soins médicaux. Donner trop de crédit à ce type de traitement peut avoir plusieurs conséquences graves : retard dans l’arrivée du malade au centre de santé, augmentation du risque de contamination familiale et communautaire, aggravation de l’état du patient par absence de soins appropriés, propagation des fausses informations pendant l’épidémie », prévient-il.  

Comme mesures de protection, l’épidémiologiste Dr Valery Biduaya recommande à la population :  « d’éviter tout contact avec les liquides biologiques des personnes malades, de signaler rapidement tout cas suspect aux autorités sanitaires, de se laver régulièrement les mains, d’accepter la vaccination lorsqu’elle est proposée, d’éviter de manipuler des animaux sauvages retrouvés morts et de respecter les mesures sanitaires lors des enterrements ».

En conclusion : l’affirmation selon laquelle une décoction à base de feuilles de goyave, oignon rouge, cannelle, bissap, clou de girofle, gingembre et poivre noire en grain, protègerait contre Ebola ne repose sur aucun fondement scientifique. 

Écrit par Glodi Mirembe, relecture: Dinho Kazadi 

Nos sources-Vous aussi, vous pouvez vérifier comme nous :

Vous pourriez aussi aimer…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *