Cette rumeur intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué à la fois par la résurgence d’Ebola, la circulation massive de fausses informations sur les réseaux sociaux et un climat sécuritaire fragile dans l’Est de la RDC. Dans plusieurs communautés, la méfiance envers les autorités et les équipes de riposte reste alimentée par des années de conflits armés, de déplacements de populations et de crises sanitaires successives.Ce phénomène n’est pas nouveau,lors de la dixième épidémie d’Ebola (2018-2020), qui avait particulièrement touché les villes de Beni et Butembo ainsi que plusieurs zones de l’Ituri, les équipes chargées des enterrements sécurisés et dignes avaient régulièrement fait face à la méfiance de certaines communautés, à des actes de résistance et parfois même à des attaques violentes.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait alors documenté plusieurs incidents ayant perturbé les activités de riposte, notamment des attaques contre les équipes d’enterrement sécurisé à Katwa et dans d’autres zones affectées du Nord-Kivu.
Aujourd’hui encore, dans le contexte de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, les autorités sanitaires et leurs partenaires alertent sur l’impact des rumeurs et de l’insécurité sur la riposte.
Rapidement relayées sur les réseaux sociaux, cette rumeur de cercueil vide partagée ici, ici et là a rapidement alimenté la colère et la méfiance dans la communauté, certains accusant les équipes de riposte sanitaire de pratiques suspectes.
Citation :
«Panique totale au #cimetière de #Nyamurongo,on est venu enterré un cercueil vide disant que c’est une personne morte de virus Ebola .Vidéo»

Capture d’écran prise par BALOBAKI CHECK
Cette publication a retenu notre attention parce qu’elle formule une accusation grave sans fournir d’éléments de preuve vérifiables. Les images partagées sur les réseaux sociaux ne montrent pas clairement le contenu du cercueil et ne permettent pas de confirmer qu’il était vide au moment de l’inhumation.
Les faits:
En menant nos recherches sur Google à partir des mots-clés « enterrement du cercueil vide à Nyamurongo » n’ont permis de trouver aucun témoignage direct vérifiable, aucun rapport officiel ni aucune preuve indépendante confirmant cette affirmation. Face à ces zones d’ombre, Balobaki Check a contacté par téléphone le maire de Bunia, le commissaire supérieur principal de la Police nationale congolaise, Bosco Mbui Kola.
Le démenti du maire de Bunia
Interrogé le Jeudi 04 juin 2026 sur cette affaire, le maire de Bunia a rejeté catégoriquement la rumeur selon laquelle un cercueil vide aurait été enterré à Nyamurongo. « C’est une situation que nous déplorons profondément. En période d’épidémie, toutes les mesures doivent être observées avec la plus grande rigueur. Les jeunes qui ont ouvert le cercueil n’y étaient pas autorisés. Aujourd’hui, nous devons évaluer le nombre de cas contacts que cet acte pourrait avoir engendrés. Nous ne pouvons jamais procéder à l’inhumation d’un cercueil vide. La population doit faire confiance aux équipes de riposte. Le corps se trouvait bel et bien dans le cercueil », a-t-il déclaré à Balobaki Check. Selon l’autorité urbaine, l’ouverture du cercueil par des habitants constitue non seulement une violation des protocoles sanitaires, mais aussi un risque potentiel de propagation de la maladie.
Les témoignages recueillis sur place
Des témoins présents lors de l’incident décrivent une situation de tension provoquée par la diffusion de la rumeur. « On nous a dit que le cercueil était vide, alors les jeunes ont voulu vérifier », explique un habitant ayant assisté à la scène. Un autre témoin rapporte que la vérification effectuée sur place a finalement contredit les allégations diffusées sur les réseaux sociaux.« Quand ils ont ouvert le cercueil, ils ont vu le corps. C’est à ce moment-là que la situation a dégénéré », témoigne-t-il.Ces récits concordent avec les déclarations des autorités locales selon lesquelles le corps de la victime se trouvait effectivement dans le cercueil.
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Ce que disent les équipes de riposte
Les équipes impliquées dans les enterrements sécurisés rappellent que ces opérations répondent à des protocoles sanitaires stricts destinés à limiter les risques de transmission du virus Ebola.Selon plusieurs responsables de terrain ayant requis l’anonymat, les procédures appliquées lors des inhumations sécurisées sont encadrées et supervisées afin de protéger à la fois les familles et la communauté. « Les inhumations sécurisées respectent des procédures sanitaires strictes pour éviter toute contamination et protéger la population », indique l’un d’euxAu 2 juin 2026, la RDC enregistrait 363 cas confirmés d’Ebola, dont 62 décès. Les autorités rapportaient également 206 patients hospitalisés ou en isolement, 6 guérisons, un taux de létalité de 17,1 % et un suivi de 45,5 % des contacts suivis.
En conclusion, l’affirmation selon “laquelle les équipes de riposte Ebola auraient enterré un cercueil vide au cimetière de Nyamurongo” est fausse. Les déclarations du maire de Bunia ainsi que les témoignages rapportés par les habitants ayant assisté à la scène indiquent que le cercueil contenait bien le corps du défunt. Cependant, Balobaki Check n’a pas été en mesure de vérifier de manière concrète si le corps était bel et bien dans le cercueil.
Écrit par , Relecture : Richard MIVIRI
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