Non, Ida Sawyer d’human Rights Watch n’a pas accusé l’opposition congolaise d’avoir fourni des armes à des militants

En 2 lignes

les accusations attribuées à Ida Sawyer contre l'opposition congolaise, suite à la manifestation du 12 juin contre le changement de la Constitution, ne viennent pas d'elle. Il s'agit d'un audio falsifié.

06/16/2026

En bref

Depuis le 13 juin 2026, un audio accompagné de deux images douteuses, notamment celles prétendant montrer Ida Sawyer, directrice de crises et des conflits au sein de l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), et de la correspondante du média français France 24 en République démocratique du Congo (RDC), circule sur les réseaux sociaux. Selon l’auteur de la publication, il s’agit d’Ida Sawyer dans cet audio sonore qui affirme que l’opposition congolaise a armé ses militants lors de la manifestation du 12 juin à Kinshasa contre le projet de changement de la Constitution pour attaquer les forces de la police. Mais en réalité, la voix derrière cet audio est truquée, nos vérifications montrent que la directrice du programme Crises et Conflits de HRW n’a jamais tenu ces propos et elle l’a démenti.

En RDC, le débat autour d’un éventuel changement de la Constitution suscite de vives réactions et divise l’opinion. Pour faire pression sur la majorité au pouvoir, l’opposition congolaise réunie autour d’une coalition dénommée C64, multiplie les actions de mobilisation sur le terrain. Elle a notamment appelé à une journée ville morte le 03 juin 2026 sur toute l’étendue du pays. Une autre manifestation a été organisée  le 12 juin dernier, à laquelle ont pris part les leaders de l’opposition tels que Martin Fayulu et Delly Sessanga.

La manifestation a connu plusieurs incidents, notamment des blessés occasionnés par des affrontements entre les partisans du régime en place et les militants de l’opposition. C’est dans ce contexte que circule sur les réseaux sociaux, particulièrement sur X, l’information que nous vérifions : elle est attribuée à la directrice de crises et conflits de  l’ONG Human Rights Watch qui aurait prétendument accusé l’opposition congolaise d’avoir armé ses militants pour attaquer la police congolaise.

Au 15 juin 2026, cette publication avait atteint plus de 15 000 personnes et avait été partagée plus de 119 fois. Elle a été également partagée ici

 Citation :

 » Droit de l’homme en direct de Washington l’americaine IDA SAWYER condamne l’opposition congolaise d’avoir utilisée les machettes contre la police pendant la manifestation. BA OPPOSANTS EKWEYI NA PIÈGE NA BANGO MOKO  Large diffusion »

   La capture d’écran de l’information que nous vérifions 

Les faits: 

Nous avons commencé notre investigation par une recherche avec les mots clés : ‘’ Ida Sawyer-France 24-Opposition congolaise ‘’  sur le moteur de recherche Google pour essayer de retrouver si la dernière sortie médiatique de Ida Sawyer sur France 24 datait du 13 juin 2026, jour suivant ladite manifestation, mais nous n’avons rien trouvé en guise de résultat. 

Contacté par Balobaki check le 15 juin, Ida Sawyer a catégoriquement rejeté les allégations qui lui sont attribuées rappelant que sa seule réaction se trouve sur son compte X. 

Dans ses tweets (1,2,3)  du 12 juin 2026, Ida Sawyer a appelé le gouvernement congolais à ouvrir une enquête sur les violences qui ont lieu lors de cette manifestation.

‘’  Les violences ont éclaté aujourd’hui à Kinshasa alors que des leaders de l’opposition+leurs partisans se rendaient à un sit-in pour protester contre un éventuel amendement constitutionnel qui pourrait permettre au Président Tshisekedi de prolonger son mandat. Il est essentiel que l’avenir de la RD Congo soit débattu et discuté librement, sans avoir recours à la répression violente ni aux abus. Le  gouvernement de la RDC devrait mener une enquête impartiale, approfondie et transparente sur les violences d’aujourd’hui ’’ 

En poursuivant notre recherche, nous avons lancé une recherche inversée d’image à partir de la capture d’écran de la vidéo que nous vérifions. Cette technique nous a permis de retrouver un premier élément d’information, la tenue portée par la journaliste de France 24 et le lieu où elle se trouve. 

L’outil nous renvoie vers une interview  publiée le 12 juin 2026  sur la chaîne Youtube de  France 24. Dans cette interview  Martin Fayulu parlait de l’adoption par la chambre basse du Parlement de la loi sur le référendum. On voit Aurélie Bazzara  Kibangula vêtue de la même tenue et filmée au même endroit. Un vêtement blanc avec un liseré décoratif noir et blanc le long de l’encolure, derriere elle,  la majeure partie de l’arrière-plan est plongée dans l’obscurité. On aperçoit de nombreuses petites fenêtres éclairées, la photo est identique à celle qui a été intégrée dans l’audio de la publication que nous vérifions. 

      Capture d’écran prise par BALOBAKI CHECK

Nous avons soumis l’audio de la publication que nous examinons à Deepfake Total, un outil de détection des contenus modifiés ou générés par l’intelligence artificielle (IA). L’outil nous a donné un taux de probabilité de plus de 96 % que la voix et les propos attribués à Ida Sawyer lors d’un prétendu entretien du 13 juin 2026 avec la journaliste de France 24 accusant l’opposition congolaise d’armer ses militants ait été générée par l’IA.

Nous n’avons trouvé aucune preuve attestant que l’opposition aurait armé ses militants. Dans son communiqué du 13  juin,  le gouvernement congolais a condamné les incidents survenus lors de cette manifestation, notant des blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre, sans donner plus de détails. Par ailleurs , il a  instruit les services compétents de mener les vérifications nécessaires afin de faire toute la lumière sur les incidents enregistrés. 

Révision de la constitution : où en est le processus actuellement ? 

Le 9 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi relative à l’organisation du référendum en RDC. Ce texte fixe les règles devant encadrer la tenue d’éventuelles consultations référendaires.

L’examen du projet s’est déroulé dans un climat politique tendu. Les députés du groupe Ensemble ont quitté la séance plénière pour marquer leur opposition à une initiative qu’ils jugent susceptible de favoriser une révision de l’article 220 de la Constitution. 

Dans un space sur X organisé par le journaliste Stanis Bujakera,  le député national Paul Gaspard Ngondankoy, le porteur du projet a déclaré que : « l’article 220 et ses clauses d’éternité ne s’imposent qu’aux pouvoirs constitués, Président, Gouvernement, Parlement. Pas au peuple souverain de l’article 5 ».

Pour lui, « tout pouvoir émane du peuple et le peuple est compétent sur toutes les matières ». Après l’étape de l’Assemblée nationale, cette proposition de loi doit encore être examinée par le Sénat avant promulgation. 

En conclusion, les propos attribués à Ida Sawyer,  de Human Rights Watch, accusant l’opposition congolaise d’avoir armé ses militants lors de la manifestation du 13 juin dernier à Kinshasa, ne proviennent pas d’elle. Nos vérifications montrent que la voix derrière ces propos a été générée à l’aide de l’intelligence artificielle.

Un sujet de la rédaction, rédigé par Moise Esapa,  Relecture :Dinho Kazadi

Liens – vous aussi, vous pouvez vérifier ! 

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