Ce drapeau présenté comme celui de la « République du Kivu » a été généré par l’IA, et rien ne prouve que le Kivu soit déjà une république: Newsletter 36

En 2 lignes

05/22/2026

En bref

Voici notre trente-sixième newsletter publiée dans le cadre du projet :  » Des solutions innovantes sur WhatsApp pour lutter contre les discours de haine et la désinformation dans l’Est de la RD Congo  ».

A télécharger ici : Newsletter Numéro 36

  •  Ce drapeau présenté comme celui de la « République du Kivu » a été généré par l’IA, et rien ne prouve que le Kivu soit déjà une république

Le 5 mai 2026, un internaute a partagé l’image d’un drapeau portant la mention « Republic Of Kivu ». Le message accompagnant cette publication affirmait que le Kivu avait déjà tourné la page de la RDC. Après vérification, nous n’avons trouvé aucune preuve confirmant cette affirmation. De plus, l’image du drapeau présenté comme celui de cette prétendue nouvelle république a été générée par l’intelligence artificielle.

En deux lignes :  Aucune preuve ne permet d’affirmer que le Kivu ait déjà tourné la page de la RDC.

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les rebelles de l’AFC-M23 occupent plusieurs entités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où ils ont déjà mis en place une administration parallèle. Cette situation perdure malgré les efforts diplomatiques menés par Kinshasa. Les autorités congolaises dénoncent régulièrement un plan de déstabilisation des institutions visant à balkaniser la RDC.

La Citation: « Le Kivu a tourné la page. La RDC, c’est déjà dans le passé. »

Les faits: Pour vérifier la véracité de cette affirmation, nous avons effectué une recherche Google à partir des mots-clés « République du Kivu ». Toutefois, nous n’avons trouvé aucun élément crédible confirmant l’existence d’une telle république.

Une usurpation d’identité numérique

Le message partagé dans le groupe provenait en réalité d’une capture d’écran publiée par une communauté Facebook dénommée « Radio Okapi ». Cette situation nous a conduit à contacter Jean Tobie Okala, membre du Bureau de l’information publique de la MONUSCO. Dans un message envoyé via WhatsApp, il a précisé que cette publication n’engageait pas la Radio Okapi : « Nous avons demandé, à maintes reprises, à cette plateforme de revoir, voire de changer son appellation afin d’éviter toute confusion. Mais visiblement, ses responsables s’obstinent à entretenir cette confusion en continuant à profiter de la notoriété de Radio Okapi, la radio de la paix. C’est regrettable, car certains internautes tombent dans le piège. Mais l’immense majorité connaît les valeurs que nous défendons et connaît également notre site web (www.radiookapi.net).»

Pourquoi la résurgence de ce type d’affirmations ?

Pour Stewart Muhindo, chercheur et analyste des questions sécuritaires, la diffusion de ce message s’explique par la crise sécuritaire qui secoue le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Selon lui, cette publication chercherait à véhiculer une idéologie séparatiste liée à la guerre menée par l’AFC-M23 et le Rwanda.

« Cette affirmation n’est pas éloignée de l’idéologie cachée des meneurs de cette guerre. Même si, sur le plan diplomatique, ils affirment que leur objectif n’est pas de balkaniser la RDC, dans la pratique, leurs actions sur les territoires occupés suscitent des inquiétudes. Ils y ont installé une administration parallèle et imposent même certaines taxes ou formalités assimilées à des pratiques entre deux États. On peut donc considérer cette publication comme une forme de ballon d’essai lancé par des proches de l’AFC-M23 pour promouvoir une idéologie sécessionniste », explique le chercheur.

Nous avons également tenté de contacter Lawrence Kanyuka, l’un des porte-parole de l’AFC-M23, le 11 mai 2026, afin d’obtenir sa version des faits, mais nous n’avons reçu aucune réponse. Par ailleurs, nous avons soumis l’image à Hive moderation, un logiciel de détection des contenus générés par l’intelligence artificielle. Le résultat indique une probabilité de 99,9 % que cette image ait été produite par une IA.

En conclusion, aucune preuve ne permet d’affirmer que le Kivu est devenu une république ou qu’il a officiellement tourné la page de la RDC. L’image du drapeau présenté comme celui de cette prétendue nouvelle république a été générée par l’intelligence artificielle.

  • Ebola en RDC : les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne sont pas des États distincts de la RDC

Alors que l’épidémie d’Ebola frappe l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), un internaute sur le réseau social X affirme que ‘’ le Rwanda ne partage plus de frontière avec la RDC’’, mais il est désormais ‘’ limitrophe des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu’’ . Derrière cette formule, l’auteur suggère une rupture de fait entre Kinshasa et ces provinces. Cependant, cette affirmation est trompeuse. Malgré l’instabilité sécuritaire et les tensions régionales, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu restent des provinces de la République démocratique du Congo, reconnues comme telles par le droit international et les frontières officielles.

En deux lignes : En dépit de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et des tensions régionales persistantes, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent des provinces de la République démocratique du Congo, reconnues comme telles par la communauté internationale.

Cette publication intervient alors que le Ministre congolais de la Santé , Roger Kamba a déclaré depuis mi-mai 2026 la 17éme épidémie de la maladie à virus Ebola. Africa CDC a également décrété une urgence sanitaire continentale, poussant plusieurs pays voisins à renforcer les contrôles aux frontières.

L’épidémie, dont l’épicentre se situe dans la province de l’ Ituri, dans le nord-est de la RDC, s’est désormais propagée à Goma. L’annonce, le 17 mai 2026, d’un premier cas dans cette ville a ravivé les inquiétudes d’une propagation rapide dans une zone fragilisée par les conflits armés et contrôlée par les rebelles du M23.

Au 20 décembre 2026, on dénombrait un cumule de 160 morts sur 671 cas suspects, selon le ministère de la Communication et des Médias. D’après les autorités sanitaires congolaises, la souche Bundibugyo ne dispose ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique. Par ailleurs, l’aéroport de Goma et la frontière avec le Rwanda restent fermés, compliquant davantage la riposte sanitaire. Cette publication du 19 mai 2026 a touché plus 21.500 personnes jusqu’au 20 décembre 2026.

La Citation:« Nous avons peut-être du mal à accepter cette réalité, mais le Rwanda ne partage plus de frontière avec la RDC, du moins pour l’instant ; il est désormais limitrophe du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cela dit , le Rwanda devrait tendre la main aux populations de Goma et de Bukavu en leur fournissant du matériel médical, une expertise en matière de recherche des contacts, de traitement et de maîtrise de l’épidémie. Oui, nous avons fermé les frontières pour contrôler les déplacements, mais nous pouvons aussi trouver des moyens de soutenir nos voisins pendant cette période difficile où ils luttent contre le virus mortel Ebola.»

Pour vérifier cette affirmation, nous avons effectué une recherche Google à partir des mots-clés « Nord-Kivu et Sud-Kivu écartés des provinces de la RDC », sans obtenir de résultats.

Les faits: À ce jour, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent parmi les 26 provinces de la RDC. Aucune reconnaissance nationale ou internationale ne considère la partie orientale du pays comme un État indépendant. De même, les zones contrôlées par les rebelles de l’AFC/M23 restent des territoires congolais. Alors que cette situation sécuritaire persiste, la ville de Goma, au Nord-Kivu, fait désormais face à une épidémie du virus Ebola.

Lors d’un briefing tenu le 19 mai 2026 avec le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, et le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), le professeur Jean-Jacques Muyembe, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a estimé que l’efficacité de la riposte sanitaire dépend également du contexte sécuritaire dans la région.

Le ministre de la Communication a notamment critiqué la fermeture de la frontière par le Rwanda après la détection d’un cas positif à Ebola à Goma. Selon lui, cette décision risque de compliquer le suivi des cas et les opérations de traçage nécessaires pour contenir l’épidémie. « Le Rwanda ne peut, en aucun cas, fermer la frontière. C’est un signe qui montre que les rwandais doivent quitter rapidement notre sol. S’il faut assurer efficacement le traçage et le suivi des cas à Goma, il est difficile d’y parvenir lorsque l’occupant ferme sa frontière », a déclaré Patrick Muyaya. Poursuivant son intervention, il a mis en doute la volonté de Kigali d’apporter un soutien réel aux efforts sanitaires dans ce contexte de crise. « Pensez-vous que celui qui ferme sa frontière peut se mobiliser pour soutenir le système de santé en période d’épidémie ? Nous pensons qu’une riposte efficace nécessite le départ des Rwandais et de leurs supplétifs de notre territoire », a-t-il ajouté.

En conclusion, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeurent des provinces de la République démocratique du Congo, reconnues comme telles par la communauté internationale.

  • Le Rwanda n’a pas déclaré la guerre à la RDC : la vidéo qui circule a été générée par l’intelligence artificielle

Dans une vidéo publiée sur TikTok, un internaute affirme que le Président rwandais aurait déclaré la guerre à la République démocratique du Congo après de prétendus bombardements menés par l’armée congolaise sur le territoire rwandais. Après vérification, ces affirmations sont fausses et ne reposent sur aucune source officielle crédible. Quant à la vidéo présentée comme preuve, elle a été générée par l’intelligence artificielle.

En deux lignes: aucune déclaration de guerre n’a été annoncée par les autorités rwandaises et aucune information confirmée ne fait état de bombardements de l’armée congolaise sur le territoire rwandais.

Malgré plusieurs accords de cessez-le-feu conclus entre la République démocratique du Congo et les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, les affrontements se poursuivent sur plusieurs lignes de front dans l’Est du pays, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Le gouvernement de Kinshasa continue notamment de mener des frappes aériennes à l’aide de drones contre des positions rebelles, en particulier dans la cité de Rubaya, à Rumangabo et dans d’autres zones. Une stratégie régulièrement dénoncée par le M23, qui accuse l’armée congolaise d’intensifier les hostilités malgré les engagements de trêve.

La Citation:“Le Rwanda vient de déclarer la guerre officielle contre la RDC après les attaques de drones menées cette nuit par les FARDC dans plusieurs territoires rwandais, causant plusieurs morts et d’importantes pertes matérielles.”

La voix entendue dans la vidéo a suscité des doutes. Nous avons d’abord procédé à une analyse à l’aide de l’outil ElevenLabs , qui a permis d’établir une correspondance vocale de 98%. Par la suite, nous avons effectué des recherches à partir des mots-clés « déclaration de guerre entre le Rwanda et la RDC » et « attaque de drone au Rwanda par les FARDC ». Ces recherches n’ont permis d’identifier aucune source d’information crédible confirmant ces allégations.

Nous avons également consulté les canaux officiels des autorités rwandaises, notamment le site du ministère rwandais de la Défense ainsi que les comptes officiels du président Paul Kagame. Aucune communication officielle ne fait état d’une déclaration de guerre ou d’une attaque attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Du côté congolais, les vérifications effectuées sur les plateformes officielles de l’armé congolaise ainsi que sur les comptes du porte-parole du gouvernement n’ont révélé aucune déclaration évoquant une attaque du territoire rwandais par les FARDC.

Quels sont les préalables à une déclaration de guerre entre deux États?

D’après le politologue Jean-Paul Lusenge, enseignant et chercheur en science politique, une déclaration de guerre est un acte officiel par lequel un État annonce son entrée en confrontation armée avec un autre État.

Il rappelle qu’en droit international, le recours à la guerre doit être justifié, notamment par la légitime défense ou une autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU. Toutefois, depuis 1945, les États évitent généralement de déclarer officiellement la guerre, lui préférant des expressions telles que « opération militaire spéciale » ou « intervention sécuritaire ».

« Un État doit toujours avancer une justification politique ou juridique avant d’engager une guerre. Les motifs les plus fréquents sont la légitime défense, la protection de la souveraineté nationale, la sécurité des citoyens ou encore la à l’article 51 de la Charte des Nations unies, ou avec l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU », explique Jean-Paul Lusenge.

En République démocratique du Congo , l’article 143 de la Constitution prévoit que le Président de la République ne peut déclarer la guerre qu’après autorisation du Parlement et délibération en Conseil des ministres. Toutefois, en cas d’attaque contre le territoire national, des actions militaires immédiates peuvent être engagées avant l’accomplissement des formalités institutionnelles.

En conclusion, à ce jour, aucune déclaration de guerre entre la République démocratique du Congo et le Rwanda n’a été annoncée par les autorités des deux pays. Les allégations faisant état d’une attaque du territoire rwandais par les FARDC ne sont étayées par aucune preuve officielle.

BALOBAKI CHECK rejoint le club des signataires du Code de principes de l’IFCN

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