Selon Chantal Kanyimbo, deux phénomènes ont profondément transformé la pratique journalistique actuelle : l’infobésité, cette surabondance d’informations à laquelle nous sommes confrontés, mais également l’immédiateté : « Aujourd’hui, les journalistes sont pressés par le temps. Le recoupement n’est plus toujours effectué avec la même rigueur. Autrefois, avant de diffuser une information, il fallait la confronter à plusieurs sources. Désormais, dès qu’une information est obtenue, elle est lancée directement », a-t-elle expliqué.
Cette course à l’immédiateté, poursuit-elle, « favorise la propagation de la désinformation. Faute de temps pour procéder à toutes les vérifications nécessaires et appliquer l’ensemble des techniques professionnelles requises, certaines informations sont diffusées sans la rigueur indispensable ».
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« Verticalité et horizontalité »
Ce même constat avait déjà été formulé en 2016, dans un blog de Médiapart sur « un cas concret de l’infobésité », par Estime Mounina N’Diaye, chercheuse en sciences de l’information. Soulignant que l’immédiateté et l’information ne font pas toujours bon ménage, elle relevait qu’afin de se démarquer dans l’océan médiatique et d’attirer les lecteurs, certains médias diffusent parfois « des informations collectées sans véritablement se soucier de leur fiabilité. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux ont considérablement recours au conditionnel journalistique pour se dédouaner des inexactitudes ». Dans cette perspective, la chercheuse invitait les professionnels des médias à vérifier et croiser leurs sources afin d’éviter la diffusion d’informations tronquées.
Chantal Kanyimbo souligne également une transformation majeure dans la circulation de l’information aujourd’hui : « Autrefois verticale, où le journaliste diffusait et le public recevait sans véritable interaction, l’information est aujourd’hui devenue horizontale, instantanée et participative. Le public n’est plus seulement récepteur : il est aussi diffuseur, commentateur et parfois producteur de l’information ».
Le slow journalism comme alternative
Face à l’infobésité et à la crise de fiabilité de l’information, une alternative semble s’imposer progressivement : le slow journalism. Ce courant, évoqué par le journaliste et auteur français Pierre Assouline et cité dans une recherche publiée en 2017 sur « Hypothèses », une plateforme spécialisée dans la recherche en sciences humaines et sociales privilégie les formats longs, l’enquête approfondie et l’écriture narrative, loin de l’immédiateté et du flux continu.
« Plus il y aura de médias rapides, plus cela entraînera des lectures lentes et profondes » souligne-t-il. En d’autres termes, la saturation informationnelle engendre son propre antidote : le slow journalism. Ici, le journaliste prend le temps d’enquêter, de vérifier, de construire ; en retour, le lecteur accepte de ralentir pour mieux comprendre.




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