Sur fond de tensions persistantes avec son successeur, l’ancien président congolais Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire de Kinshasa. Il a été reconnu coupable de trahison et de collusion avec la coalition rebelle AFC/M23, qui occupe une partie de l’est de la RDC depuis le début de l’année 2025 et menace de renverser le pouvoir à Kinshasa. Des accusations fermement rejetées par le camp Kabila, qui dénonce une instrumentalisation de la justice par le régime de Félix Tshisekedi afin de neutraliser les opposants et les voix dissidentes.
L’information que nous vérifions a été publiée sur le réseau social X et comptabilise plus de 15.500 vues au 8 octobre 2025.
Citation :
“C’est fini pour JKK interdit pour lui de circuler en Europe, Asie, Amérique, mandat d’arrêt est déposé pour lui.”
Capture d’écran prise par Balobaki Check
Les faits :
Durant son mandat à la tête de la République démocratique du Congo, notamment entre 2016 et 2017, l’Union européenne et les États-Unis ont imposé des sanctions comprenant des gels d’avoirs et des interdictions de voyager à plusieurs hauts responsables proches de Joseph Kabila, impliqués dans la répression et des faits de corruption.
Cependant, le nom de Joseph Kabila n’avait pas été explicitement mentionné sur ces listes de personnes sanctionnées à ce moment-là. Ce n’est que récemment, le 30 avril 2026, que le Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’a inscrit sur la liste des personnalités visées par des sanctions économiques.
Washington estime que l’ex-dirigeant congolais cherche à « déstabiliser le gouvernement de la RDC en soutenant le M23 et l’AFC », son bras politique. Ces sanctions impliquent notamment le gel des avoirs que Joseph Kabila pourrait détenir aux États-Unis et interdisent aux entreprises ainsi qu’aux citoyens américains d’entretenir des relations commerciales avec lui.
En revanche, la consultation des sites web des Nations unies, du département d’Etat américain et de l’Union européenne, ne fait apparaître aucune mesure officielle d’interdiction de voyager, que ce soit en Amérique, en Asie ou en Europe, prise à l’encontre de l’ancien chef de l’État congolais.
En 2020, des rumeurs faisant état d’un mandat d’arrêt international qui aurait été déposé à la cour pénale internationale ( CPI) par l’administration Tshisekedi ont circulé sur les réseaux, avant d’être démenties par la CPI.
Une personne peut-elle être interdite d’accès à un continent entier ?
Dans l’histoire, il n’existe aucun cas connu d’une personne, un chef d’État en exercice ou ancien ayant été formellement interdit d’entrée sur un continent entier par une décision collective ou un mécanisme officiel. Les continents ne sont pas des entités politiques dotées d’une autorité capable d’imposer ce type de restriction. Seuls des États, ou des organisations régionales et internationales comme l’Union européenne, l’Union africaine, l’Organisation des Nations unies ou la Cour pénale internationale, peuvent adopter des sanctions ou des décisions applicables à leurs États membres.
Dans la pratique courante, les principales contraintes pesant sur les déplacements d’un chef d’État ou d’un ancien dirigeant sont liées aux mandats d’arrêt internationaux, en particulier ceux émis par la Cour pénale internationale. Ces mandats obligent les 124 États parties au Statut de Rome à arrêter la personne visée si elle entre sur leur territoire, ce qui limite fortement ses déplacements dans de nombreuses régions du monde, notamment en Europe, en Afrique et en Amérique latine.
Même l’Organisation des Nations unies ne peut pas interdire formellement à une personne de se déplacer d’un continent à un autre. Le Conseil de sécurité peut toutefois adopter, en vertu du Chapitre VII de la Charte, des sanctions ciblées incluant des interdictions de voyager. Celles-ci s’appliquent aux États membres, qui sont alors tenus de refuser l’entrée sur leur territoire aux individus concernés, sans pour autant constituer une interdiction globale à l’échelle d’un continent.
Des exemples emblématiques
Des dirigeants ou anciens dirigeants comme Vladimir Poutine, Omar el-Béchir, Benyamin Netanyahou ou Robert Mugabe ont été confrontés à des accusations, sanctions ou mandats internationaux de la CPI. Ces situations ne constituent pas une interdiction générale de voyager, mais conduisent, dans les faits, à éviter certains pays où ils pourraient être arrêtés ou faire l’objet de restrictions.
En conclusion, certes l’ancien président congolais Joseph Kabila a été économiquement sanctionné par les USA, mais l’affirmation selon laquelle il serait interdit de circulation en Europe, en Amérique et en Asie ne repose sur aucune preuve vérifiable. Aucune source officielle ne permet de confirmer cette information.
Écrit par : Moise Esapa, relecture : Ravanelly Ntumba
Nos sources-Vous aussi, vous pouvez vérifier comme nous :
Lien vers la condamnation à mort de Joseph Kabila
Lien du rejet des accusations par le camp Kabila
Lien de l’information que nous vérifions
Lien des sanctions imposées aux proches de Kabila
Lien vers les sanctions économiques contre Kabila
Lien de l’article sur le démenti de la CPI
Lien vers le site du département d’État américain, de l’UE et de l’ONU
Lien sur la souveraineté des États
Lien sur les mécanismes de la CPI
Lien sur le chapitre VII de la charte de l’ONU
Lien de quelques exemples emblématiques




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