La RDC n’a pas autorisé le port libre d’armes à feu pour les civils

En 2 lignes

La CNC-ALPC dément toute autorisation du port libre d’armes à feu pour les civils en RDC. Elle rappelle que la détention et le port d’armes restent soumis à un permis délivré par les autorités compétentes.

07/10/2026

En bref

Depuis le 30 juin 2026, des publications largement relayées sur les réseaux sociaux affirment que le gouvernement de la République démocratique du Congo aurait autorisé les civils à porter des armes à feu pour faire face à l'insécurité. Ces messages, diffusés sans aucune référence à une décision officielle, ont suscité de nombreuses réactions et interrogations.

Après vérification, la vidéo accompagnant plusieurs de ces affirmations est sortie de son contexte. Dans un communiqué de mise au point, la CNC-ALPC dément formellement toute prétendue libéralisation du port d’armes en RDC et rappelle que l’acquisition, la détention et le port d’une arme à feu demeurent strictement encadrés par la législation congolaise.

Ces rumeurs émergent dans un contexte sécuritaire particulièrement fragile en République démocratique du Congo. Dans l’est du pays, les affrontements persistants entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les groupes armés, notamment l’AFC/M23, continuent d’entraîner des déplacements massifs de populations, une crise humanitaire et un climat de forte insécurité. Parallèlement, Kinshasa et plusieurs autres centres urbains connaissent une recrudescence des actes de banditisme, des braquages à main armée et d’autres formes de criminalité, alimentant un sentiment croissant d’insécurité parmi les habitants.

Dans un tel contexte, les informations liées aux questions de sécurité suscitent une attention particulière et peuvent rapidement se propager sur les réseaux sociaux, y compris lorsqu’elles ne reposent sur aucune source officielle.

L’affirmation faisant l’objet de notre vérification a été partagée ici, ici, ici, ici et

Citation :

«Citation :RDC 🇨🇩 La population civile peut désormais porter une arme » 

 

Capture d’écran prise par Balobaki check

Les faits :

Nous avons eu des doutes car en visionnant attentivement la vidéo associée à la légende « RDC autorise le port d’armes à la population », nous avons constaté qu’à aucun moment le Secrétaire permanent de la CNC-ALPC, visible dans la séquence, ne déclare qu’une telle autorisation a été accordée. Pour vérifier cette information, nous avons effectué une recherche sur Google avec les mots-clés « autorisation du port libre d’armes en RDC ». Aucune source officielle ou indépendante crédible n’a confirmé ces allégations. Nous avons ensuite consulté les canaux officiels de la CNC-ALPC, où un communiqué publié sur sa page Facebook dément « formellement et catégoriquement » les rumeurs faisant état d’une prétendue libéralisation du port d’armes à feu en RDC.

La Commission rappelle que la législation congolaise reste inchangée : la détention et le port d’une arme à feu nécessitent un permis délivré par les autorités compétentes, l’enregistrement de l’arme dans la base de données nationale ainsi que son marquage pour assurer sa traçabilité.

En conséquence, aucun citoyen ne peut légalement acquérir ou porter une arme à feu sans respecter les procédures prévues par la loi. La CNC-ALPC invite enfin la population à ne se fier qu’aux communications officielles et à rester vigilante face à la désinformation.

Pourquoi ces rumeurs se propagent-elles facilement en période d’insécurité ?

Contacté par Balobaki Check le 02 juillet, Kahindo Muhesi Augustin, professeur à l’Université de Goma et analyste des questions sécuritaires, explique que plusieurs facteurs favorisent la propagation des rumeurs sur une supposée libéralisation du port d’armes en RDC. Selon lui, le premier facteur est le contexte sécuritaire, marqué par une insécurité persistante et un sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population. Dans un tel climat, certains citoyens peuvent croire que l’autorisation du port d’armes leur permettrait d’assurer eux-mêmes leur protection. L’analyste souligne également que la prolifération des groupes armés renforce cette perception. « Lorsque des civils voient d’autres civils, membres de groupes armés, circuler avec des armes, ils peuvent penser qu’il est facile de s’en procurer dans une logique d’autodéfense », explique-t-il.

Sur le plan politique, il rappelle que les massacres de civils à Beni et en Ituri ont conduit certains acteurs politiques à plaider publiquement pour l’autorisation du port d’armes par les civils. D’autres, ajoute-t-il, exploiteraient le sentiment d’abandon de la population de l’Est afin de discréditer l’État et d’encourager les citoyens à assurer eux-mêmes leur sécurité. L’analyste pointe aussi un facteur informationnel : les démentis officiels interviennent souvent tardivement, laissant aux rumeurs le temps de se diffuser largement et de s’ancrer dans l’opinion publique. « Avec l’activisme des groupes armés à l’Est du pays, la population est profondément traumatisée. Dans un tel contexte, les citoyens deviennent plus vulnérables aux rumeurs et sont davantage enclins à les croire et à les partager », conclut-il.

Libéraliser le port d’armes en RDC, un scénario aux lourdes conséquences, selon l’analyste

Interrogé sur les conséquences qu’aurait une véritable libéralisation du port d’armes dans le contexte actuel de la RDC, Kahindo Muhesi Augustin met en garde contre des risques à court, moyen et long terme. À court terme, il estime que certains citoyens pourraient croire qu’ils sont capables de faire face eux-mêmes à l’insécurité, avec pour conséquences une hausse des violences, des règlements de comptes et des cas de justice populaire.

À moyen terme, il craint le développement d’un marché noir des armes susceptible d’alimenter les groupes armés.

À long terme, l’analyste évoque le risque d’une fragmentation accrue de l’État, comparable à des situations observées dans d’autres pays en conflit. Selon lui, la circulation accrue des armes pourrait faciliter la création de nouveaux groupes armés, éloigner les perspectives d’une paix fondée sur le dialogue et aggraver la crise humanitaire. Il estime également que cette instabilité pourrait favoriser des ingérences extérieures et le soutien de certains acteurs à des groupes armés.

En République démocratique du Congo, l’Ordonnance-loi n° 85-035 du 3 septembre 1985 portant régime des armes et des munitions encadre strictement la détention et le port d’armes par des civils. En principe, seules les forces de défense et de sécurité sont autorisées à porter des armes dans l’exercice de leurs fonctions.Des dérogations exceptionnelles existent, délivrées exclusivement sur autorisation de l’autorité compétente.

En conclusion, les rumeurs faisant état d’une prétendue libéralisation du port d’armes en République démocratique du Congo sont infondées. Aucune décision officielle n’autorise la libre circulation ou le port d’armes à feu par les civils.

Écrit :Richard MIVIRI , relecture: Dinho Kazadi, Mise en ligne: Mado Sakaji

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