L’armée congolaise dément l’existence d’une prétendue opération militaire secrète des États-Unis menée depuis mars contre les rebelles ADF et ceux de l’AFC/M23 :Newsletter 37

En 2 lignes

06/05/2026

En bref

Voici notre trente-septième newsletter publiée dans le cadre du projet :  » Des solutions innovantes sur WhatsApp pour lutter contre les discours de haine et la désinformation dans l’Est de la RD Congo  ».

A télécharger ici : Newsletter Numéro 37

  • L’armée congolaise dément l’existence d’une prétendue opération militaire secrète des États-Unis menée depuis mars contre les rebelles ADF et ceux de l’AFC/M23e

Un internaute affirme , dans une publication sur X, que les États-Unis mènent depuis mars 2026 des opérations militaires secrètes dans l’Est de la République démocratique du Congo. Selon cette publication, ces opérations viseraient principalement les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), de l’AFC/M23 et des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Contactés par notre rédaction, les porte-paroles des opérations Sokola I et Sukola II, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, déclarent ne disposer d’aucune information sur de telles opérations.

En deux lignes :  Les porte-paroles militaires au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ne confirment pas l’existence d’opérations militaires secrètes menées par les États-Unis dans l’Est de la RDC.

Depuis plusieurs années , les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont engagées sur plusieurs fronts dans l’Est du pays . D’une part, elles combattent les rebelles ADF, accusés de massacres de civils à l’arme blanche et à l’arme à feu , ainsi que d’incendies de véhicules, d’habitations et de commerces. D’autre part , elles font face à l’insurrection de l’AFC/M23, un groupe rebelle soutenu par le Rwanda et actif dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

La Citation: « RDC : Les États-Unis ont débuté leurs opérations militaires secrètes à l’Est de la #RDC. Ses opérations militaires qui ont débuté en mars 2026 ont pour objectifs la traque des terroristes #ADF,#M23 et #FDLR »(publication archivée)

Les faits:  Nous avons soumis cette affirmation à une vérification. Une recherche effectuée à l’aide des mots-clés : « États-Unis, opérations militaires, traque, ADF, M23, FDLR, RDC » n’a permis de trouver aucune source crédible faisant état d’opérations militaires secrètes américaines dans l’Est de la RDC. Nous avons également recherché l’existence d’un partenariat militaire entre les armées congolaise et américaine dans le cadre d’opérations de combat menées sur le territoire congolais, sans résultat concluant.

En revanche , nous avons retrouvé plusieurs documents et articles de presse relatifs au partenariat entre Kinshasa et Washington en matière de paix, de sécurité et de développement. Ceux-ci évoquent notamment la formation et le renforcement des capacités des forces congolaises, mais ne font état d’aucune opération militaire conjointe entre les FARDC et l’armée américaine visant des groupes armés actifs dans l’Est du pays. Contacté via Whatsapp, le porte-parole des opérations Sokola I dans le Grand Nord-Kivu, le lieutenant Marc Elongo, a rejetté ces allégations. ‘’ Je ne suis pas au courant de ces opérations ‘’, a-t-il déclaré . Sollicité par le même canal, le porte-parole des opérations Sukola ll au Sud-Kivu, le Lieutenant Reagan Kalonji, a lui aussi indiqué ne disposer d’aucune information à ce sujet: ‘’ Je ne suis pas encore informé de ces opérations ‘’ .

Dans la poursuite de nos recherches, nous avons examiné les différentes forces étrangères ayant été déployées en RDC dans le cadre de la lutte contre les groupes armés, notamment les ADF, l’AFC/M23 et les FDLR. Face à l’avancée de l’AFC/M23, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a déployé en 2023 la Mission de la SADC (SAMIDRC). Auparavant, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), avait envoyé en 2022, la Force régionale de l’Afrique de l’Est (EACRF), composée de contingents kényans, ougandais, burundais et sud-soudanais. Par ailleurs, les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) interviennent en RDC depuis 2021 dans le cadre de l’opération conjointe Shujaa, menée avec les FARDC contre les ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. A ce jour , les UPDF demeurent la principale force étrangère engagée sur le territoire congolais dans le cadre d’une coopération militaire officielle avec les autorités de Kinshasa.

En conclusion, aucun élément vérifiable ne permet d’étayer l’affirmation selon laquelle les États-Unis mèneraient des opérations militaires secrètes en République démocratique du Congo contre les ADF, l’AFC/M23 et les FDLR. 

  • Cette vidéo prétendant montrer l’arrivée des rebelles de l’AFC-M23 déguisés en Mbororo à la frontière entre la RDC et la RCA est sortie de son contexte

Sur le réseau social TikTok , un utilisateur a partagé une vidéo de 2 minutes et 49 secondes montrant des hommes, des femmes et des enfants se déplaçant avec leurs troupeaux de vaches. Selon lui, il s’agirait de Mbororo équipés de drones d’attaque et liés à la rébellion de l’AFC/M23, venus infiltrer la zone. Notre vérification montre toutefois que cette affirmation est trompeuse. La vidéo est présentée hors de son contexte et aucun élément visible dans les images ne permet d’établir la présence de drones d’attaque ni un quelconque lien entre les personnes filmées et l’AFC/M23.

En deux lignes : Cette vidéo montrant des hommes, des femmes et des enfants de la communauté Mbororo se déplaçant avec leurs troupeaux, et présentés à tort comme des combattants de l’AFC/M23 déguisés, est sortie de son contexte. Les images remontent en réalité à septembre 2025.

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les tensions entre certaines communautés locales et les éleveurs Mbororo demeurent récurrentes. Entre 2022 et 2026, plusieurs élus de la province du Nord-Ubangui ont interpellé les autorités afin de prévenir une aggravation des conflits liés à leur présence. Le 6 mai 2026, lors d’une conférence de presse présidée par Félix Tshisekedi , le ministre de l’Intérieur avait annoncé le déploiement d’équipes sur le terrain pour évaluer la situation et proposer des réponses adaptées. Cependant , à ce jour, aucun élément de preuve crédible ne permet d’établir un lien entre les communautés Mbororo et la rébellion de l’AFC/M23.

La Citation:« À Kinshasa, motions et distractions. Des M23 déguisés en Mbororo signalés vers Unakoma»

Les faits: Nous avons d’abord procédé à des vérifications concernant le nom du village mentionné dans la vidéo. Les recherches effectuées sur « Unakoma » nous ont orientés vers le village de Yakoma , situé à la frontière avec la République centrafricaine .

Nous avons ensuite utilisé l’outil Google Lens afin de retracer l’origine des images. Cette démarche a permis d’identifier plusieurs publications antérieures datant de 2025, indiquant que ces images circulaient déjà bien avant les événements auxquels elles sont aujourd’hui associées . Pour approfondir nos vérifications, nous avons contacté par téléphone Taima Taylor, présidente de la société civile et cadre de concertation provincial du Nord-Oubangui, province où se situe le territoire de Yakoma. Selon elle, les tensions impliquant les communautés Mbororo dans certaines zones frontalières alimentent régulièrement des rumeurs et un climat de méfiance au sein des populations locales.

’ Les Mbororo se déplacent souvent avec des armes, ce qui inquiète la population. Je pense que cela explique la circulation de cette désinformation dans la communauté. Mais, à ma connaissance, ils n’ont jamais utilisé de drones et n’ont jamais été associés au M23 ‘’, a-t-elle déclaré .

En conclusion, cette image montrant des membres de la communauté Mbororo fuyant avec leurs troupeaux est sortie de son contexte. Contrairement aux affirmations relayées sur les réseaux sociaux, elle ne prouve aucun lien avec la rébellion de l’AFC/M23 et circulait déjà en ligne depuis plusieurs années.

  • Le Non, les rebelles de l’AFC/M23 ne se sont pas retirés de la ville de Bukavu

Sur le réseau social X, un internaute a partagé un communiqué attribué aux rebelles de l’AFC-M23, annonçant le retrait de leurs éléments de la ville de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC. Après vérification sur le terrain, notamment auprès de nos sources à Bukavu, celles-ci confirment que ce mouvement rebelle occupe toujours la ville. Le communiqué qui circule est donc falsifié.

En deux lignes: les éléments de l’AFC/M23 restent présents à Bukavu; le communiqué annonçant leur retrait est faux.

Dans la plaine de la Ruzizi, précisément à Luvungi, dans le territoire d’Uvira ( Sud-Kivu ), les Forces armées de la République démocratique du Congo ont repris les positions précédemment occupées par les rebelles de l’AFC/ M23, après leur retrait. Par ailleurs, dans la province du Nord-Kivu, les affrontements entre belligérants se poursuivent. Le village de Kanyaru, situé à environ un kilomètre de la cité minière de Rubaya, est passé sous contrôle des FARDC, appuyées par les Wazalendo, à l’issue de violents combats contre la rébellion. Ces affrontements ont provoqué le déplacement massif des populations locales .

La Citation: « #Breaking_News : Une nouvelle tombe dans la ville de #Bukavu. Après une forte pression #diplomatique et militaire, l’AFC_M23 accepterait finalement de plier #bagage » (lien de la publication)»

Les faits: Nous avons d’abord mis en doute cette affirmation, une recherche effectuée à partir des mots-clés « Bukavu, forte pression, AFC/M23, retrait » n’ayant donné aucun résultat concluant. Nous avons ensuite consulté le site web d’une radio locale, sans y trouver aucune information allant dans ce sens. Cette absence de résultats nous a conduits à contacter Nicola Lubala, président de la nouvelle dynamique de la société civile au Sud-Kivu et basé à Bukavu. Interrogé via Whatsapp sur la véracité de cette information, il a répondu : « C’est une fausse information », sans autre commentaire.

Nous avons également consulté le compte X du ministère de la Communication et des Médias afin de vérifier l’existence d’une communication officielle en ce sens, sans succès. Le communiqué attribué à Bertrand Bisimwa, cadre de la rébellion, mais n’y figure pas non plus sur son compte X, alors que ses prises de position y sont habituellement relayées.

En revanche, sur le compte X du porte-parole de l’AFC/M23, un des principaux canaux de communication de la rébellion, nous avons retrouvé un démenti. La publication, accompagnée de la mention « FAKENEWS », reprend le communiqué faisant l’objet de notre vérification.

En conclusion, l’affirmation selon laquelle les rebelles de l’AFC/M23 se seraient retirés de la ville de Bukavu est fausse.

Non le changement de la Constitution ne fait pas partie des accords de Doha et de Washington sur une gouvernance autonome entre Kinshasa et Goma

En deux lignes : les accords de Doha et de Washington ne prévoient pas de modification de la Constitution de la RDC en vue d’une autonomie de Kinshasa et de Goma.

Sur le réseau social X, un internaute a affirmé que les accords de Doha et de Washington prévoient un changement de la Constitution de la République démocratique du Congo afin d’instaurer une gouvernance autonome entre Kinshasa et Goma. Mais après vérification, aucun de ces accords ne mentionne une modification de la Constitution congolaise. Contacté par notre rédaction, Reagan Miviri, analyste au sein du centre de recherche Ebuteli, souligne que l’actuelle Constitution ne permet pas l’autonomie d’une partie du territoire national .

En République démocratique du Congo, la question du changement de la Constitution continue d’occuper le devant de la scène politique. Le président Félix Tshisekedi, principal défenseur de cette initiative, estime que la constitution actuelle ne reflète plus les réalités sociales des congolais. Il propose l’organisation d’un référendum afin de recueillir l’avis de la population

De son côté, le parti Ensemble pour la République considère cette démarche comme « une guerre déclarée contre le peuple congolais » à travers une révision ou un changement de la ConstitutionLe chef de l’État avait déjà affirmé en 2024 qu’il ne reviendrait pas sur sa décision d’engager ce processus de révision ou de changement constitutionnel

Pour sa part, le président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre et du processus électoral rappelle que l’article 219 de la Constitution  interdit toute révision constitutionnelle en période de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège.    

Citation : « Le changement de la constitution fait partie des accords de WASHINGTON et de DOHA. Ce changement de la constitution ouvrira la voie à une gouvernance autonome entre KINSHASA et GOMA pour une durée de 8 ans avant l’éclatement de la RDC en 2 états comme c’était au SOUDAN » (lien de la  publication)

Les faits :

Nous avons mis en doute cette affirmation, car une recherche Google à l’aide des mots-clés « changement constitution, accords, Washington et Doha, gouvernance » n’a donné aucun résultat concluantEn consultant les textes relatifs aux accords de Doha et Washington, nous avons constaté qu’ils ne font aucune mention d’un changement de la Constitution de la RDC.

« Dans les accords de paix de Washington, il est clairement question du respect de la souveraineté de la RDC et du retrait de toute force étrangère. Le cessez-le-feu constitue une première étape visant à instaurer la confiance avant d’aborder les préoccupations des parties au conflit, comme c’est également le cas dans le processus de Doha, complémentaire à celui de Washington », explique Reagan Miviri, analyste au centre de recherche Ebuteli.

Concernant l’éventuelle autonomie de la ville de Goma sous contrôle du M23, l’analyste rappelle que « la Constitution actuelle de la RDC ne permet pas l’autonomie d’une partie du territoire. La décentralisation reste le seul mécanisme permettant aux provinces de gérer certaines compétences exclusivement prévues par la Constitution et les lois. Le  fédéralisme n’est pas prévu par la Constitution, même si le débat revient régulièrement en RDC ».

Quant à l’hypothèse d’une « soudanisation » de l’Est de la RDC, Reagan Miviri estime qu’elle n’est pas d’actualité : « il n’existe pas, à ce stade , de peuple ou de groupes de population revendiquant une séparation avec le reste de la RDC. Il s’agit plutôt de groupes armés portant des revendications limitées, sans réel  soutien populaire ni volonté d’indépendance », précise-t-il.

En conclusion, les accords de Doha et de Washington ne prévoient aucun changement de la Constitution de la RDC.  

 

BALOBAKI CHECK rejoint le club des signataires du Code de principes de l’IFCN

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