Cette publication intervient alors que le territoire d’Aru est touché par la maladie à virus Ebola et que la riposte se poursuit sous la coordination du gouvernement congolais, avec l’appui de plusieurs organisations humanitaires internationales. La province de l’Ituri, où se situe le territoire d’Aru, demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai 2026.
Citation
« Ile ni produit Ebola 2 uku mu aru ukepata usikunywe. Na musambaze mukila groupes. Iko saaa maziwa Milk mais ni »
Traduction française : « Ce produit est Ebola2, ici à Aru si vous trouvez ne boit pas. Partagez dans plusieurs groupes. Ça ressemble au lait milk mais c’est Ebola »

Capture d’écran prise par BALOBAKI CHECK le 20 juillet 2026
Les faits :
Pour entamer notre vérification, nous avons contacté plusieurs sources locales à Aru, notamment la société civile, l’administrateur du territoire ainsi que la Fédération des entreprises du Congo (FEC), section d’Aru, afin de recueillir des informations sur cette allégation.
Lors d’un entretien téléphonique accordé le 18 juillet 2026, le coordonnateur de la société civile d’Aru, Issa Atsidri, a affirmé qu’aucune marque de lait dénommée « Milk Fort » n’est commercialisée dans sa juridiction. Il a toutefois indiqué qu’une autre marque de lait, « Fresh Milk », conditionnée dans des cartons rectangulaires, est disponible sur le marché local.
« Nous n’avons jamais vu cette marque de lait dans notre zone. En revanche, nous consommons le Fresh Milk, qui est conditionné dans des cartons rectangulaires », a-t-il déclaré.
Nous avons également sollicité l’administrateur policier du territoire d’Aru le 17 juillet. Selon lui, aucune alerte relative à ce produit n’a été portée à la connaissance de l’administration territoriale. Il estime que les informations circulant sur les réseaux sociaux relèvent davantage de l’arnaque ou de la désinformation.
Richard Mbambi, administrateur du territoire d’Aru, appelle ainsi la population à faire preuve de vigilance face à ce type de rumeurs et à se référer exclusivement aux informations diffusées par les autorités sanitaires dans le cadre de la riposte contre la maladie à virus Ebola.
Partant du principe qu’un produit commercialisé dans le territoire devrait transiter par les circuits habituels de distribution, nous avons poursuivi nos vérifications auprès de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), section d’Aru.
Contacté par téléphone le 22 juillet 2026 alors qu’il participait à une réunion avec des opérateurs économiques, le président de la FEC d’Aru a lui aussi affirmé qu’aucune commercialisation du lait « Milk Fort » n’a été enregistrée dans le territoire. Il précise que les produits laitiers vendus localement sont essentiellement des marques telles que NIDO et Fresh Milk.
« Je suis actuellement en réunion avec plusieurs commerçants. Ni eux ni moi n’avons déjà vendu ou vu ce produit sur le territoire d’Aru. Les marques les plus commercialisées ici sont notamment NIDO et Fresh Milk, dont certaines proviennent de l’Ouganda », a déclaré Amasi, président de la FEC d’Aru, lors d’un entretien téléphonique via WhatsApp.
Toutefois, compte tenu des échanges commerciaux entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, nous ne nous sommes pas limités aux déclarations de ces sources locales. Nous avons également cherché à identifier l’origine du produit présenté dans les publications virales.
Dans cette démarche, nous avons pris contact avec l’entreprise qui fabrique le lait « Milk Fort ». Un responsable de la société, a confirmé que cette marque est bien produite par son entreprise.
Il a toutefois assuré que le lait « Milk Fort » n’a jamais été importé dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon lui, les publications établissant un lien entre ce produit et la maladie à virus Ebola sont infondées.
« Ce produit est fabriqué par notre entreprise. En revanche, il n’a jamais été exporté vers la province de l’Ituri. Les informations qui prétendent le contraire sont fausses et relèvent de la malveillance », a-t-il affirmé.
Que disent les sources scientifiques sur les modes de transmission d’Ebola ?
Afin de vérifier l’allégation selon laquelle une marque de lait serait à l’origine de contaminations à Ebola dans la province de l’Ituri, nous avons consulté plusieurs sources scientifiques et institutionnelles, notamment les sites de l’Institut Pasteur , de l’UNICEF et de l’Organisation mondiale de la Santé .
Ces différentes sources indiquent que la maladie à virus Ebola se transmet principalement par contact direct avec les liquides biologiques (sang, salive, vomissures, urine, selles, sperme ou autres sécrétions) d’une personne malade présentant des symptômes ou d’une personne décédée de la maladie. La transmission peut également survenir par contact avec des objets contaminés par ces liquides biologiques.
L’Organisation mondiale de la Santé précise par ailleurs que les principaux facteurs de risque comprennent les soins apportés aux malades sans équipement de protection approprié, la manipulation des corps lors de funérailles non sécurisées ainsi que le contact avec des animaux sauvages infectés ou la manipulation de viande de brousse contaminée.
Au terme de cette vérification, aucun élément recueilli ne permet d’établir un lien entre la consommation du lait « Milk Fort » et la transmission du virus Ebola. De même, aucune preuve ne montre que cette marque de lait est commercialisée dans le territoire d’Aru ou qu’elle serait à l’origine de cas de contamination dans la province de l’Ituri.
En conclusion, l’affirmation relayée dans plusieurs groupes WhatsApp selon laquelle le lait « Milk Fort » transmettrait la maladie à virus Ebola n’est étayée par aucune preuve et est contredite par les données scientifiques disponibles ainsi que par les informations recueillies auprès des autorités locales et des acteurs économiques.
Nos sources – vous aussi, vous pouvez vérifier !
- Le territoire d’Aru touché par Ebola
- Lien de l’institut Pasteur
- Lien de l’Unicef
- Lien de l’OMS
- Lien des principaux facteurs de risque
Cet article a été rédigé dans le cadre d’un programme de mentorat à distance organisé par BALOBAKI CHECK et CORACON
- Écrit par Patrick Kambere Siriwayo, journaliste à la radio télévision communautaire la référence de Komanda
- Relecture : Kerene Yala






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