Changement de la Constitution : cet extrait sonore du cardinal Ambongo appelant le peuple à « se tenir en ordre de marche » est hors contexte. Il est tiré d’une homélie de 2020

En 2 lignes

Présenté comme une récente prise de position du cardinal Fridolin Ambongo sur le changement de la Constitution en RDC, cet extrait sonore est hors contexte. Il est tiré d’une homélie prononcée le 30 juin 2020, dans le contexte des tensions autour des lois Minaku-Sakata.

05/20/2026

En bref

Depuis la mi-mai 2026, un extrait sonore de 1 minute 57 secondes circule sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo (RDC), notamment sur X. On y entend le cardinal Fridolin Ambongo déclarer que « les jours à venir seront difficiles » et appeler le peuple à « se tenir en ordre de marche » pour empêcher l’adoption de certaines lois. Certains internautes présentent cet extrait sonore comme une récente prise de position de l’archevêque de Kinshasa contre un éventuel changement de la Constitution. Mais nos vérifications montrent que cet extrait est sorti de son contexte. Il a été en réalité tiré d’une homélie prononcée par le cardinal Fridolin Ambongo le 30 juin 2020.

Le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution divise actuellement l’opinion en RDC. Les partisans de cette démarche estiment que certaines dispositions de la Constitution sont devenues inadaptées et freinent le fonctionnement des institutions. Et à l’inverse, l’opposition considère qu’il s’agirait d’une manœuvre destinée à permettre à l’actuel président de briguer un troisième mandat. Et c’est dans ce contexte que l’information que nous vérifions surgit. Elle a cumulé plus de 21 milles vues, 110 reports, 10 citations et près de 378 J’aime. Cette information a été relayé en format texte ou infographie par plusieurs autres internautes(1,2,3,4). 

Citation :

 » Les jours à venir seront difficiles. Et je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obtiendront à faire passer ces lois et ce personnage à la tête de la CENI, il faudra qu’il nous trouve sur leur chemin. On ne peut pas continuer, après 60 ans de l’indépendance du pays, à gouverner par défi, par mépris du peuple,… »

Capture d’écran prise par Balobaki Check

Faits: 

En tombant sur cet extrait sonore sur les réseaux sociaux, nous avons d’abord consulté les plateformes officielles de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui rassemble les ordinaires de la hiérarchie catholique en République démocratique du Congo. Afin de vérifier s’il s’agissait d’une récente déclaration du cardinal Ambongo liée au débat sur la constitution. Aucune publication récente reprenant ces propos n’y apparaît.

Nous avons ensuite effectué une recherche avec les mots-clés :  « Fridolin Ambongo, changement Constitution RDC ». Pour voir s’il y avait des médias crédibles qui en avaient parlé. Les résultats montrent que la dernière prise de parole du cardinal sur cette question remonte à mars 2026, lors d’un échange avec des jeunes catholiques. À cette occasion, l’archevêque de Kinshasa s’interrogeait sur la priorité accordée au débat constitutionnel : « Comment peut-on dépenser autant d’énergie et d’argent pour changer la Constitution alors que la jeunesse est abandonnée ? », avait-il déclaré. Cependant, il n’avait à aucun moment appelé la population à « se tenir en ordre de marche » pour empêcher cette initiative.

Un extrait tiré d’une homélie de 2020

C’est en lançant une nouvelle recherche sur Google avec une partie exacte de la citation « Les jours à venir seront difficiles. Et je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche », que nous avons retrouvé l’origine réelle de ces propos.

Cette déclaration a été faite par le cardinal Fridolin Ambongo le 30 juin 2020, lors d’une homélie consacrée au bilan des 60 ans d’indépendance de la RDC. Et à cette période, le débat politique portait principalement sur les propositions de lois Minaku-Sakata relatives à la réforme du système judiciaire. Ces textes étaient critiqués par une partie de l’opposition et de la société civile, qui y voyaient une tentative de remise en cause de l’indépendance de la justice et une volonté d’influencer la CENI.

C’est dans ce contexte précis que le cardinal Ambongo avait tenu ces propos pour dénoncer ces réformes et appeler à la vigilance. Plusieurs médias avaient d’ailleurs relayé cette déclaration à l’époque (1,2,3). L’intégralité de l’homélie, d’une durée d’environ 25 minutes, est disponible sur YouTube. Les propos en question apparaissent entre 23:32 et 24:10.

Lire aussi :

  • Un débat constitutionnel qui refait surface en 2026

En RDC, le débat autour d’un changement de la Constitution a repris de l’ampleur en 2026, avec plusieurs prises de position au sein de la majorité présidentielle en faveur de cette démarche. Les partisans d’une révision estiment qu’elle permettrait d’adapter certaines dispositions institutionnelles aux réalités actuelles du pays, notamment dans la gestion des crises et les rapports entre le pouvoir central et les entités décentralisées.

Contre toute révision constitutionnelle, l’opposition, de son côté, considère qu’une telle démarche pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi, une nouvelle plateforme politique a même été créée ce 19 mai pour contrer cette dynamique. Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai dernier, le chef de l’État ne s’était d’ailleurs pas clairement opposé à cette éventualité si « le peuple le lui demandait », avait-il déclaré devant la presse. 

  • La position de la CENCO sur la révision constitutionnelle 

Lors de l’Assemblée plénière extraordinaire tenue du 23 au 25 mars 2026 à Kinshasa, les archevêques et évêques membres de la CENCO avaient exprimé leurs réserves sur une éventuelle révision de la Constitution. Dans un contexte sécuritaire jugé fragile et non consensuel, ils estimaient qu’il serait hasardeux d’ouvrir un tel débat. « Il faut éviter toute initiative politique susceptible d’accentuer les tensions », avait déclaré Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO.

  • Pourquoi la position de l’Église catholique compte en RDC

En RDC, l’Église catholique occupe historiquement une place importante dans la vie publique. Présente sur l’ensemble du territoire à travers ses paroisses, écoles, hôpitaux et structures sociales, elle joue souvent un rôle central dans les périodes de crise politique. 

Au fil des années, la CENCO s’est imposée comme l’une des rares institutions capables de critiquer ouvertement le pouvoir tout en conservant une forte crédibilité auprès d’une partie de la population. Son implication a notamment marqué les périodes de transition politique des années 1990 ainsi que les tensions liées à la fin du mandat de l’ancien président Joseph Kabila. Dans ce contexte, les prises de position de l’Église catholique sont souvent scrutées car elles peuvent influencer le débat public, renforcer certaines mobilisations citoyennes ou modifier les rapports de force politiques sur le terrain. 

En conclusion, l’extrait sonore présenté sur les réseaux sociaux comme une récente déclaration du cardinal Fridolin Ambongo contre le changement de la Constitution est hors contexte. Ces propos remontent en réalité au 30 juin 2020 et concernaient les propositions de lois Minaku-Sakata sur la réforme du système judiciaire, et non le débat actuel autour d’une éventuelle révision constitutionnelle en RDC. 

 

Écrit par : Dinho Kazadi , Relecture: Moise Esapa

Nos sources – Vous aussi, vous pouvez vérifier comme nous :

 

 

 

Vous pourriez aussi aimer…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *