Ebola en RDC : L’hôpital général de Rwampara en Ituri dément l’isolement systématique des patients

En 2 lignes

L’hôpital général de Rwampara dément l’isolement systématique des patients. Les malades sont orientés selon leur pathologie dans des services distincts.

06/01/2026

En bref

Une rumeur circule dans plusieurs groupes sur le réseau social WhatsApp et espaces communautaires en Ituri, affirmant que tout patient admis à l’hôpital général de Rwampara, un centre de santé important dans la province considérée comme l’épicentre de la maladie serait automatiquement placé en isolement. Dans une audio de 3 minutes et 55 secondes encourageant l’automédication et largement partagé affirmant qu’« on est en train d’y tuer les gens ». Cette information est fausse selon la direction de l’hôpital, qui précise que seuls les cas suspects ou confirmés d’Ebola sont isolés.

En suivant l’audio, on entend à partir de la deuxième minute une personne se présentant comme médecin appeler la population à ne pas se rendre à l’hôpital. Pour vérifier cette information, nous avons effectué une recherche sur Google à l’aide du mot-clé « isolement de tout patient à l’hôpital de Rwampara», « Interdiction de fréquenter l’hôpital de Rwampara ». Aucune source officielle n’a confirmé cette affirmation. 

Depuis la résurgence de la maladie à virus Ebola en Ituri, une forte psychose s’est installée dans plusieurs communautés. Cette situation alimente des rumeurs selon lesquelles toute consultation à l’hôpital conduirait automatiquement à une mise en isolement, ce qui freine le recours aux soins.Des habitants affirment hésiter à consulter rapidement par crainte d’être séparés de leurs proches.

Citation :

« N’allez pas dans des hôpitaux on est en train de tuer les gens là, c’est un projet politique le gouvernement a déjà bouffé 60 millions… « 

 

 

Les faits :

Après avoir constaté que les affirmations reprises n’étaient pas appuyées par des faits concrets, et dans le souci de mieux comprendre la situation, Balobaki Check s’est rendu à l’hôpital de Rwampara pour constater les faits sur place.

En entrant dans la cour de l’hôpital général de Rwampara nous rencontrons des patients attendant leur consultation sous le regard attentif du personnel soignant. À quelques mètres, un dispositif de lavage des mains accueille chaque visiteur.

Assise sur un banc devant le service de médecine interne, une mère de famille venue faire consulter son enfant dit avoir changé d’avis après son passage à l’hôpital. « On nous disait que tous les malades étaient enfermés dès leur arrivée mais mon enfant a été reçu normalement au service pédiatrique », témoigne Chantal, vendeuse au centre de Rwampara. « J’ai compris qu’il y a des services différents selon les maladies. » ajoute-t-elle 

« Beaucoup de gens pensent encore que lorsqu’on entre ici malade, on est directement considéré comme un cas d’Ebola », raconte Jean-Marie, motocycliste rencontré au sein de l’établissement sanitaire. « Cette peur pousse certaines familles à garder les malades à la maison. »a-t-il ajouté

La direction de l’hôpital général de Rwampara dément catégoriquement l’idée selon laquelle tous les patients seraient systématiquement envoyés dans les unités d’isolement réservées à Ebola. « Tous les malades ne sont pas des cas d’Ebola et ne sont pas envoyés à l’isolement. Les personnes souffrant d’autres pathologies ont des services distincts pour leur prise en charge », affirme le docteur Isaac, médecin directeur intérimaire de l’hôpital.

« La peur et les fausses informations éloignent les gens des soins »

Selon ce responsable médical, un système de triage a été mis en place dès l’entrée de l’établissement afin d’identifier les patients présentant des symptômes suspects. Les autres malades sont orientés vers les services habituels pour recevoir des soins adaptés à leur état de santé.

« Le triage permet surtout de protéger les patients et les soignants. Cela ne signifie pas que toute personne malade est automatiquement considérée comme un cas suspect », précise-t-il.

Dans les couloirs de l’hôpital, certains agents de santé reconnaissent que cette peur de l’isolement complique considérablement la riposte contre l’épidémie. Plusieurs malades arrivent dans des états critiques après avoir passé plusieurs jours à domicile ou consulté des structures non médicales.

« Nous recevons parfois des patients très tardivement parce qu’ils ont peur de venir à l’hôpital », explique un infirmier rencontré dans le service des urgences. « Malheureusement, lorsque la prise en charge commence tard, les risques de décès augmentent. »

Pour les acteurs communautaires engagés dans la sensibilisation, la désinformation reste aujourd’hui l’un des plus grands défis de la lutte contre Ebola en Ituri. Dans certains quartiers, les messages de prévention se heurtent encore aux rumeurs relayées par le bouche-à-oreille ou sur les réseaux sociaux.

« La peur et les fausses informations éloignent les gens des soins », regrette un relais communautaire impliqué dans les campagnes de sensibilisation. « Pourtant, consulter rapidement peut sauver des vies. »

Face à cette situation, les équipes médicales appellent à restaurer la confiance entre la population et les structures sanitaires. Les soignants rappellent qu’ils travaillent dans des conditions difficiles pour tenter de contenir l’épidémie et protéger la communauté.

« Nous ne sommes pas les ennemis de la population. Nous nous sacrifions chaque jour pour sauver des vies et faire face à cette épidémie », insiste le docteur Isaac.

En conclusion, l’affirmation selon laquelle « tous les malades sont automatiquement isolés à l’hôpital de Rwampara » est donc fausse et contribue à renforcer la méfiance, la peur et le doute dans la communauté. Les unités d’isolement sont réservées aux cas suspects ou confirmés d’Ebola, tandis que les autres patients continuent d’être pris en charge dans des services distincts selon leurs pathologies.

Écrit par Joël Heri Budjo , Relecture :Richard MIVIRI 

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