Ebola en République démocratique du Congo (RDC) : Inhaler l’essence pendant trois semaines, n’est pas un traitement scientifiquement prouvé

En 2 lignes

Il n’existe pas encore de traitements spécifiques contre cette nouvelle souche. d’Ebola. Des remèdes présentés sur les réseaux sociaux ne sont pas prouvés scientifiquement.

06/01/2026

En bref

Sur le réseau social WhatsApp, un audio de 52 secondes circule depuis le 29 mai 2026 dans plusieurs groupes whatsApp en République démocratique du Congo (RDC). L'auteur de cet extrait vocal affirme que : ‘’L'essence guérit la maladie à virus Ebola, il faut l'utiliser pendant 3 semaines‘’ , en ajoutant que ce remède aurait déjà guéri plusieurs personnes dans la localité de Mongbwalu, en Ituri, épicentre de la 17e épidémie d'Ebola. Cependant, , nous n'avons trouvé aucune preuve scientifique attestant que la consommation d'essence pendant plusieurs semaines guérit Ebola.

Depuis la déclaration officielle de la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola, le 15 mai 2026, par le gouvernement congolais, plusieurs remèdes sont présentés sur les réseaux sociaux aux populations comme des recettes magiques permettant de guérir rapidement Ebola. Le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe avait déclaré qu’il n’existe pas encore de vaccin contre cette souche, ni de traitement spécifique. De son côté, Jean Kaseya, Directeur général de l’Africa CDC, avait annoncé que trois vaccins candidats sont en cours de développement.

C’est dans ce contexte d’absence de vaccin et de traitement spécifique contre Ebola que la désinformation fondée sur des remèdes miracles circule sur les réseaux sociaux, mettant ainsi en danger la vie des populations.

Citation :

‘’  Voici le médicament pour guérir le virus Ebola. On dit que c’est cette essence  du carburant, si tu inhales pendant trois semaines, tu seras guéri d’Ebola et le virus ne pourra plus t’attaquer. Depuis que les gens de Mongbwalu ont essayé d’inhaler cela, il y a eu une diminution drastique des cas, et il n’y a plus d’Ebola à Mongbwalu. Si tu fumes l’essence, c’est un antibiotique fort contre Ebola. C’est vraiment un médicament. Les autres vont croire que c’est de la drogue. Faux , c’est un médicament efficace contre Ebola. Il faut utiliser cela, fumez,  fumez , ça va aider. Merci, on est ensemble ‘’ 

‘’ 

 

 

Les faits :

Nous avons lancé des recherches avec des mots-clés tels que ‘’ Ebola- guérison – traitement-traditionnel ‘’ sur Google, afin de vérifier s’il existe des traitements traditionnels, y compris l’utilisation d’essence, pour guérir de la maladie à virus Ebola. Nos recherches n’ont révélé aucune preuve scientifique allant dans ce sens. Et l’information sur la fin d’Ebola à Mongbwalu est fausse, au 30 mai 2026, les cas d’Ebola ont été confirmés dans cette zone selon les données du ministère de la communication et des médias.  

A ce jour, les autorités sanitaires,  y compris le ministère congolais de la santé, l’institut national de recherche biomédicale, l’organisation mondiale de la santé et Africa CDC n’ont annoncé aucun traitement traditionnel qui guérit contre la nouvelle souche d’Ebola connue sous le nom de Bundibugyo. En 2012,  selon le virologue congolais Jean Jacques Muyembe, lors d’une interview sur la Radio Top congo, cette variante a été maîtrisé en utilisant seulement les mesures de santé publique 

‘’  Les épidémies d’Ebola en RDC, sont dues à l’espèce Ebola-Zaïre pour lequel nous avons développé toutes les stratégies de lutte. Sauf en 2012 où l’épidémie d’Ebola était provoquée par un nouveau virus venu de l’Ouganda qu’on appelle donc le virus Bundibugyo. Nous avions maîtrisé cette épidémie en utilisant seulement les mesures de santé publique consistant surtout à l’isolement des malades atteints d’Ebola mais également par la protection du personnel soignant en leur fournissant des gants et désinfectant aussi en assurant les enterrements sécurisés ‘’ 

L’épidémiologiste Omba Longongo, du centre de traitement des épidémies de l’hôpital général de référence de Makiso à kisangani , déconseille l’utilisation de ce remède 

‘’  Il s’agit de mythes et de mensonges. Ne suivez pas ces méthodes. Pour l’heure, face à cette souche, nous pratiquons un traitement symptomatique uniquement. Inhaler des vapeurs d’essence peut provoquer des problèmes respiratoires, des vertiges et des intoxications graves. De même, les autres remèdes cités dans cet audio, notamment l’ingestion de substances non médicalisées sont dangereux ‘’ 

‘’ Face à cette souche, la prise en charge se limite actuellement à un traitement symptomatique rigoureux, supervisé par les autorités sanitaires et l’OMS, en attendant le déploiement de protocoles de soins adaptés. La propagation de ces fausses informations constitue un frein majeur à la riposte coordonnée du gouvernement congolais et de l’OMS. En cas de symptômes de fièvre, vomissements, hémorragies  ne tentez pas de remèdes maison , contactez immédiatement les structures de santé les plus proches pour bénéficier d’une prise en charge sécurisée.’’ 

Ce que la désinformation sur les faux remèdes a causé dans le passé   

Pendant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (2014-2015), la désinformation sur de faux remèdes a eu des conséquences sanitaires directes et documentées. Un exemple particulièrement bien étudié est la rumeur affirmant que boire ou se laver avec de l’eau salée pouvait prévenir Ebola. Une étude menée au Nigeria montre que 95 % des personnes interrogées avaient reçu ce message et qu’environ 24 % avaient effectivement utilisé l’eau salée comme « protection » contre le virus, souvent après avoir vu ces informations circuler sur les réseaux sociaux. Cette croyance a provoqué plusieurs cas d’intoxication et a détourné les gens des mesures médicales et préventives reconnues.

En République démocratique du Congo, lors de l’épidémie de 2018-2020, plusieurs fausses informations sur de prétendus remèdes contre Ebola se sont propagées largement. Certaines rumeurs affirmaient que des traitements traditionnels, des plantes médicinales ou des mixtures locales pouvaient guérir ou prévenir la maladie. D’autres messages diffusés sur WhatsApp et Facebook prétendaient que boire certaines préparations suffisait pour éviter l’infection. Ces faux remèdes ont poussé certaines personnes à retarder leur prise en charge médicale ou à éviter les centres de traitement Ebola, ce qui a favorisé la propagation du virus. Une étude scientifique réalisée dans l’est de la RDC démontre que ces croyances ont contribué à la méfiance envers les autorités sanitaires et ont réduit l’adhésion aux protocoles thérapeutiques et aux campagnes de vaccination.

Balobaki Check a déjà vérifié plusieurs cas de désinformation liés à Ebola

Le remède miracle à base d’essence n’est pas un cas isolé. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications de ce genre circulent régulièrement. Balobaki Check les a à plusieurs  vérifiées et démystifiées, afin de permettre aux populations d’accéder à une information fiable et vérifiée.

Parmi ces publications, on peut citer notamment : ‘’  Ebola est une fabrication d’un laboratoire américain ‘’, ‘’ une recette à base de feuilles de goyave, d’oignon rouge et de clou de girofle peut guérir la maladie à virus Ebola ‘’ , ou encore ‘’ Ebola est une maladie créée pour exterminer les populations de l’Est de la RDC ‘’. Ces exemples illustrent l’ampleur et la diversité de la désinformation qui circule autour de cette épidémie, et qui constitue un danger supplémentaire pour des populations déjà vulnérables.

Au 30 mai 2026,  la situation sur Ebola en RDC 

Selon les données publiées par le ministère de la communication des médias, le chiffre se présente de la manière suivante :  282 cas confirmés cumulés ,  42 décès parmi les cas confirmés ,  2 guéris enregistrés,  220 cas suspects en cours d’investigation,  101 cas suspects en isolement, 238 patients confirmés sous traitement. 

En conclusion;   le remède à base d’essence pour guérir Ebola n’est pas prouvé, il n’y a pas des preuves scientifiques qui attestent que ce traitement est autorisé par les autorités sanitaires.  

Écrit par Serge Sindani , Relecture: Moise Esapa 

 

Nos sources: 

Entretien Dr Jean jacques Muyembe 

Ministère de la communication et des médias 

Etude scientifique du centre PMC 

Africa CDC 

INRB 

OMS

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