Ebola à Beni : formation des journalistes au milieu de la peur et de la désinformation

En 2 lignes

10/22/2026

En bref

Depuis le début du mois d’octobre,  l’affirmation selon laquelle “la fermeture du service des urgences de l’hôpital général de référence de la ville de Beni, au Nord-Kivu” circule dans plusieurs forums sur le réseau social WhatsApp entre autres le groupe WhatsApp intitulé Communication MVE17 (pour désigner la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola) qui comprend 94 personnes. Cette  information a été démentie  le 07 octobre par le médecin directeur de cet hôpital lors de la présentation devant la presse de 8 patients guéris d’Ebola. Cette information intervient dans un contexte marqué par la résistance face à la riposte contre Ebola. Certains craignaient que leurs proches malades meurent à l’hôpital et préféraient les garder à la maison. D’autres profitaient de cette situation pour éviter d’envoyer les malades à l’hôpital et privilégier l’automédication.

Au 18 octobre 2026 le rapport  de Situation de la 17e Épidémie de la maladie à Virus Ebola en RDC fait état de 524 cas à Béni, dont 354 décès. 

À la RTNC une formation marquée par la réalité de l’épidémie 

Du 30 septembre au 10 octobre 2026, Balobaki Check a organisé, dans les locaux de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) à Beni, un atelier de formation personnalisé destiné à 12 journalistes issus de différents médias de la ville. Cette activité s’inscrivait dans le cadre du projet « Renforcer les capacités des journalistes afin de favoriser la transparence », avec l’appui de la National Endowment for Democracy (NED).

L’objectif était de renforcer les compétences des participants afin qu’ils puissent produire et diffuser une information fiable, vérifiée et utile au public, notamment dans un contexte où les rumeurs liées à Ebola circulent et peuvent accentuer la peur au sein de la population.

Mais cette formation s’est déroulée dans un environnement particulier : les locaux de la RTNC se trouvent à proximité du centre de traitement Ebola de l’hôpital général de référence de Beni. Cette proximité a confronté certains participants à une réalité éprouvante, bien au-delà des informations abordées pendant les séances.

Au cours d’une session, des cris et des pleurs provenant de l’extérieur ont interrompu momentanément les activités. Des personnes étaient en train de pleurer leurs proches décédés. À proximité du centre, les mouvements liés à la prise en charge des décès ont également marqué certains participants.

Pour ces journalistes, Ebola n’était plus seulement une maladie évoquée dans les discussions, les reportages ou les communications officielles. La réalité de l’épidémie se manifestait à travers des scènes humaines douloureuses, rappelant les conséquences de la maladie sur les familles et sur ceux qui vivent ou travaillent à proximité des structures mobilisées dans la riposte.

« Je me sens triste et stressée. Quand j’imagine que ce n’est pas une seule personne qui meurt, mais que toute une famille ayant été en contact avec elle risque de la suivre, cela me fait très mal », a commenté Souriante Tasenya, l’une des participantes. 

Le vécu quotidien

Les scènes observées pendant la formation ont également permis aux participants de mesurer le poids psychologique que peut représenter une exposition répétée aux conséquences de l’épidémie.

Nic Mukobelwa, également participante à la formation, s’est adressée à Juvénal Ndusha, chef du programme à la RTNC présent parmi les participants, en lui demandant : « C’est ce que vous vivez quotidiennement ?»

Cette remarque a été suivie d’un bref moment de silence. Juvénal lui a répondu que, malgré l’habitude acquise au fil du temps, certaines situations restaient difficiles à supporter.

« Nous nous sommes déjà habitués, même si, certaines fois, nous sommes dépassés par ces mouvements de morts. Nous avons compris qu’on peut mourir à n’importe quel moment », a-t-il expliqué.

Cette réalité affecte parfois aussi le personnel qui travaille dans cet environnement. Juvénal Ndusha en témoigne à travers l’expérience d’un technicien.

« Un jour, l’un de nos techniciens nous a demandé s’il pouvait rentrer plus tôt, parce qu’à force de rester là toute la journée, il lui arrivait de rêver des morts », raconte-t-il.

La peur d’Ebola au-delà des structures sanitaires

L’inquiétude ne concerne pas uniquement les journalistes, les soignants ou les personnes qui fréquentent les centres de traitement. Elle touche également les habitants qui, pour des raisons professionnelles ou personnelles, doivent se rendre à l’hôpital.

Patrice Vivalya, entrepreneur à Beni, raconte avoir été profondément marqué lors d’une livraison de matériaux de construction à l’Hôpital général de référence de la ville.

« En tant qu’entrepreneur, je suis allé livrer certains matériaux de construction à l’hôpital. Les informations que j’ai reçues sur les décès m’ont laissé sans voix. En échangeant avec le logisticien de l’hôpital, il m’a dit que, les semaines précédentes, il y avait une dizaine de décès chaque semaine. Selon lui, il s’agissait notamment de personnes qui arrivaient tardivement, alors que le virus s’était déjà développé », explique-t-il.

Cette expérience lui a fait prendre davantage conscience de la gravité de la maladie.

« Ces statistiques m’ont fait prendre conscience de la maladie. Actuellement, lorsque j’apporte mes articles, je n’entre plus dans l’hôpital, je reste à l’extérieur », ajoute-t-il.

Pour Adel Vaso, la crainte est différente. Il redoute les conséquences économiques qu’un éventuel confinement pourrait avoir sur les habitants.

« Nous n’avons pas de champs dans nos parcelles. Nous risquons de mourir de faim si le gouvernement décide de demander aux habitants de ne pas sortir de chez eux », affirme-t-il.

Ces expériences montrent que l’épidémie affecte les comportements, le sentiment de sécurité et les activités quotidiennes. 

Il est toutefois important de rappeler que la seule proximité géographique avec un centre de traitement Ebola ne signifie pas automatiquement qu’une personne est contaminée ou exposée au virus. La transmission se produit principalement par contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne infectée présentant des symptômes, ou avec des objets contaminés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le risque dépend des conditions d’exposition et des mesures de prévention appliquées. 

À Beni, lutter contre Ebola ne consiste pas seulement à répondre à une urgence sanitaire. Cela implique également de prendre en compte la peur des habitants, de mieux communiquer sur les risques, de répondre rapidement aux rumeurs et de promouvoir une information rigoureuse. Car, dans un contexte où chaque nouvelle peut susciter l’inquiétude, une information vérifiée constitue aussi un outil essentiel de protection de la population.

Ecrit par : Richard MIVIRI formateur de retour à Goma, Relecture :Dinho Kazadi

 

Vous pourriez aussi aimer…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *